L'art gothique

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Le "gothique" est un terme inventé au XVIe siècle par l'architecte italien, Vasari, épris de classification. Il rebaptise cet art "gothique", pour l'assimiler à un art barbare, par opposition à l'art nouveau, qu'on appelle "Renaissance". On parlait, au XIIIe siècle d'art français, puisqu'il était né en Ile-de-France. Plusieurs périodes se distinguent, marquées par des innovations techniques et par des architectes talentueux. Le gothique est avant tout un art religieux, comme le roman aux siècles précédents. Le XIe siècle fut le siècle de Cluny et de l'art roman, le XIIe siècle celui de Cîteaux et de l'art gothique. Le rôle des congrégations : diffusion et simplicité Le monachisme n'est pas le vecteur essentiel de l'art gothique, même si l'art gothique est né dans une abbaye, celle de Saint-Denis. L'art gothique s'est développé davantage, et même de façon exubérante, dans les cathédrales et dans les quartiers canoniaux, avant de toucher l'architecture civile. Le mouvement des monastères est intéressant parce qu'il démontre l'élan de la population vers la religiosité, à une époque d'obscurantisme et d'inégalité. Le peuple est impuissant, face aux phénomènes naturels, favorables ou violents, et face à l'arrogance des grands, seigneurs et chevaliers, pour qui tout est permis. La société féodale cultive l'inégalité : d'un côté, les nobles possèdent les terres et les serfs, et de l'autre, les serfs ne possèdent rien, pas même le fruit de leur travail. La religion offre un réconfort moral, parfois une aide matérielle (aumône) ou sanitaire (soins apportés aux malades). Elle pourvoit à l'éducation, et favorise l'élévation dans la sphère intellectuelle. Le fils de paysan ou de serf n'a pas d'autre choix que succéder à son père, sauf s'il acquiert une éducation religieuse qui le mène au monastère, ou dans le clergé, à égalité (apparemment) avec les fils de la noblesse. L'analyse plus empirique de la nature et le courant humaniste, au XIIIe siècle, vont entamer le pouvoir de l'Église, basé uniquement sur le passé (on commente et on recopie inlassablement les mêmes textes dont les Écritures).     Des centaines de monastères sont édifiés au XIe-XIIe siècles ; ils annoncent quelques traits caractéristiques du gothique :

  • ils introduisent le principe du déambulatoire qui permet aux fidèles de circuler autour des reliques des saints ou des princes. C'est là une différence essentielle entre la religion catholique, qui ouvre les temples aux fidèles, et les religions de l'Antiquité (égyptienne, romaine, par exemple), qui réservaient le sanctuaire à une caste de prêtres. Les premières cryptes étaient elles aussi réservées au sacerdoce. Quand elles s'ouvrent au public, le défilement n'est pas pratique, d'où l'idée de remonter le déambulatoire autour du chœur. L'abbaye des Plantagenêts, à Fontevraud, construite après 1110 (elle a été fondée en 1100), est une des premières munies d'un déambulatoire autour du chœur (où est enterré le roi Richard Cœur de lion). La nef est voûtée en coupoles. L'abbatiale de Cluny (construite de 1088 à 1130) possède également un déambulatoire et cinq chapelles rayonnantes. On trouve un déambulatoire à l'abbatiale de Morienval, en Oise, à l'abbatiale de Saint-Philibert, à Tournus (Bourgogne), et dans le Sud-Ouest de la France (églises de Veauce, dans l'Allier (sans chapelles rayonnantes), Saint-Sernin de Toulouse, Sainte-Foy de Conques, abbaye Saint-Hilaire, à Melle, près de Parthenay) ; puis, au XIIe siècle, à l'abbaye de Fontgombault, dans l'Indre, et en Auvergne (Saint-Nectaire et ND d'Issoire, vers 1140). L'ordre des cisterciens (voir annexe 1) puise quelques idées de l'esprit du gothique : en 1153, à la mort de Bernard de Clairvaux, le chevet est reconstruit suivant un plan gothique. Le chevet (qui était rectangulaire auparavant) est arrondi et entouré d'un déambulatoire et de chapelles rayonnantes, en vue de l'adoration de la châsse du fondateur, qui sera effectivement canonisé en 1174. Le chœur de Clairvaux est copié à Bonport, Cherlieu, Mortemer, Pontigny (1185) et Savigny.
  • les monastères démultiplient les dimensions : l'abbatiale de Jumièges pousse la voûte à 25 m (1040-67) et l'abbatiale de Cluny (construite de 1088 à 1130), à 30 m de hauteur (plus haut édifice de l'époque). Elle mesure 187 m de longueur hors œuvre. À titre de comparaison, les cathédrales romanes ont en général 40 m de longueur (et pas de chœur développé), tandis que 16 cathédrales gothiques feront plus de 100 m de longueur hors œuvre (la cathédrale de Reims est la plus grande, avec 149 m, suivie d'Amiens et Tournai, 145 m, Metz, Orléans, Rouen, 140 m, Chartres, Le Mans et Paris, 135 m, tandis que Senlis mesure seulement 75 m, et à l'opposé, Saint-Pierre de Rome, plus de 200 m). C'est l'accident de Beauvais, en 1284, qui arrêtera la course au gigantisme. L'Angleterre fera les plus longues (plus de 150 m à Ely et Lincoln, 170 m à Winchester).
  • Les arcs-boutants font leur apparition à Noirlac, Ourscamp et Pontigny. Ils permettent de réduire l'épaisseur des murs. Les chapelles rayonnantes sont comprises à l'intérieur d'un mur polygonal qui enveloppe le chevet, et maintient, de l'extérieur, une unité de volume, conforme à l'esprit roman. À partir de 1190, les chapelles sont saillantes : Longpont et Vaucelles, puis, Royaumont et Vauclair. Mais dans la nef, les surfaces planes des murs sont dominants et les fenêtres hautes de petite dimension. L'élévation de la voûte (26,75 m) et l'introduction d'un triforium font de l'église abbatiale de Longpont (1192) le premier édifice cistercien véritablement gothique.
  • Les architectes sont les moines eux-mêmes. Il sont acquis une bonne expérience de maçonnerie en édifiant des ponts sur le chemin des pèlerinages. Les premiers ponts entièrement en pierre refont leur apparition au Moyen-Age après des siècles d'oubli. Comme au temps des Romains, l'arc est construit sur un cintre en bois, aussi bien pour soutenir le tablier d'un pont que pour couvrir un édifice. De cette époque date le pont de Blois (commandé par le comte Eudes). À Albi, c'est la chapitre qui finance le pont facilitant l'accès à la cathédrale. Des religieux sont connus comme architectes : Guillaume de Volpiano, architecte de l'abbaye de Saint-Bénigne, à Dijon, ou Gauzlier, architecte de Saint-Benoît-sur-Loire (reconstruction après l'incendie de 1026). À Tours, l'archevêque Hildebert est vu donnant des ordres de chantier.
  • Les ordres religieux, parce qu'ils sont internationaux, participeront à la diffusion de l'art gothique, dans une version toutefois apurée (en général, nef unique), moins luxueuse que celle des cathédrales. Il ne s'agit pas d'impressionner le peuple, mais de favoriser la prière. Les Franciscains contestent même le luxe des cathédrales. Sans doute, sous leur pression, les cathédrales de Beauvais et Narbonne resteront inachevées.

  Bibliographie, dans l'ordre de lecture : Bâtisseurs de cathédrales au Moyen Âge, par David Jacobs, 1970, Ed. RST Les bâtisseurs de cathédrales, par Jean Gimple, 1969, Ed. du Seuil Dossiers d'archéologie, Cîteaux, 1098-1998, déc. 1997 Encyclopédie Encarta 97 Encyclopædia Universalis 1995 Le siècle des cathédrales, 1140-1260, chez Gallimard. Notre-Dame de Paris, Pierre-Marie Auzas, Arthaud, 1949 Quand les cathédrales étaient peintes, Erlande-Brandenbourg, Galllimard, sept.1993 Quartier cathédral, Yves Esquieu, R.E.M.P.A.R.T., 1994 La France des Cathédrales, Michel Chevalier, Presse Université. Le Jubé de Bourges. Découvrir Notre-Dame de Paris, Trintignac et Coloni, CERF, 1984.