Chatou : l'île des impressionnistes (78)

Maison Fournaise :

maison fournaiseLa maison Fournaise est située sur l'île dite des Impressionnistes, à Chatou dans le département des Yvelines. Elle abrite actuellement un restaurant et un musée municipal retraçant l'époque de l'impressionnisme, notamment par le biais d'expositions temporaires.

Monsieur Fournaise est issu d'une famille de charpentiers de marine. En 1857, il décide d'installer un hangar à bateaux sur l'île de Chatou car la mode du canotage a été lancée par les étudiants qui s'exercent sur la Seine, à Paris. Ils se déplacent volontiers à Argenteuil, Asnières-sur-Seine et Chatou.
Par chance, le train de Saint-Lazare au Pecq, qui est le premier train banlieue, dessert Chatou. On peut donc venir de Paris en 30 mn jusqu'aux bords de Seine de Chatou. Le pont de chemin de fer, peint par Renoir, passe à côté de la Maison Fournaise (il a été détruit depuis).
L'établissement peut aussi loger des clients. Guy de Maupassant qui travaille au ministère de la Marine est un habitué. Il décrit le restaurant dans La femme de Paul - La maison Tellier - sous le nom du restaurant Grillon.
Après l'exercice, les gens ont envie de se reposer autour d'un verre ou d'un en-cas, d'où l'idée de créer le bar-restaurant. Toute la famille Fournaise participe : madame est aux fourneaux, le fils Hippolyte-Alphonse aide les clients à s'installer sur les canots, la fille Alphonsine fait le service quand elle ne plonge pas dans la Seine pour récupérer les pièces que les clients sont invités à jeter en porte-bonheur.
Les constructions s'imbriquent puisqu'il y a des extensions progressives et cela se retrouve dans le bâtiment actuel. Le balcon et la terrasse célébrés par Renoir datent de 1877.
La cousine Fournaise a aussi un hangar à bateaux pas loin. Tout marche bien.

Les peintres fréquentent l'île pour profiter de l'ambiance et de la lumière changeante sur les eaux frémissantes du fleuve : Claude Monet, Alfred Sisley, Berthe Morisot, Edouard Manet, Camille Pissarro, Pierre Prins.
Pierre Auguste Renoir découvre Chatou et ses berges lors d’une promenade avec le Prince Bibesco, un familier du restaurant Fournaise en 1868.
Avec Claude Monet, Renoir vient peindre à la Grenouillère, qui est un restaurant flottant.
la grenouillere
"La Grenouillère" – 1869
Huile sur toile - 66 X 86 cm -
Stockholm Musée national

Mais le lieu est bruyant. Aussi il préfère la Maison Fournaise.
On reprochait aux Impressionnistes de barbouiller et l'absence de composition. Mais c'est exagéré car précisément, le tableau « Déjeuner des Canotiers » peint d'avril à juillet 1881 de Renoir (une copie est présentée, l'original étant à Washington, dans la collection Duncan Philipps) est parfaitement composé, avec un lointain représentant la Seine et un bateau, un groupe de personnes attablées, une nature morte au premier plan, un chien dans les bras d'une demoiselle. Dans le groupe de personnes, on reconnaît : à gauche, Aline Charigot, la jeune modiste, qui travaille non loin de l'atelier du peintre et qu'il a  rencontrée en 1880. Elle a vingt ans, et lui 39, à ce moment là. Elle pose pour lui dans de très nombreux tableaux. Ils se marieront en 1890, cinq ans après la naissance de Pierre, et auront trois enfants, Pierre, Jean et Claude.
Derrière, légèrement en retrait de la scène, sont représentés les enfants Fournaise, Hippolyte-Alphonse et Alphonsine accoudée à la rambarde, qui écoute le Baron Raoul Barbier assis dos tourné. Ancien officier de cavalerie, il avait la réputation d'être un amateur de canots, de chevaux et de jeunes femmes. une cousette de Montmartre, à droite le peintre Gustave Caillebotte. Assis à califourchon sur une chaise, il semble écouter  l'actrice Ellen André tandis que Maggiolo, directeur du journal "Le Triboulet " se penche vers elle.
Derrière eux, le petit groupe est formé du journaliste Paul Lhote avec un pince-nez, d'Eugène-Pierre Lestringuez et de l'actrice de la Comédie Française Jeanne Samary, qui fut modèle de peintres. Le financier Ephrussi est reconnaissable à son chapeau haut de forme. En somme, on voit toute une société mélangée, sans barrière.
http://www.musee-fournaise.com/fournaise/fr/canotiers.asp?limage=http://www.musee-fournaise.com/fournaise/img/dejcanotiers_m.jpg
canotiers
 "Le Déjeuner des Canotiers", 1880-1881, Huile sur toile - 129 x 172 cm, USA, Washington, Phillips Collection

André Derain (né à Chatou) et Maurice de Vlaminck installent leur atelier dans la maison Levanneur, voisine du restaurant Fournaise. Guillaume Apollinaire et Henri Matisse rendent visite aux deux fauves ; on discute, les idées s’enflamment, les couleurs aussi.
fournaise
"Monsieur Fournaise" – 1875
Huile sur toile - 55,9 x 47 cm
USA, Williamstown

 

Quand son mari décède, Alphonsine s'établit définitivement à Chatou.
Renoir la peint, avec son air espiègle et son teint porcelaine. Il faut dire que Renoir a débuté en peignant sur porcelaine. 
Au décès du père Fournaise, la fille reprend l'activité. Mais la mode du canotage passe.

Le vélo devient l'attraction du dimanche et il n'est pas nécessaire de partir de Chatou. D'ailleurs, en 1907 a lieu le premier tour de France à vélo. Les clients délaissent le canotage et la Maison Fournaise est fermée en 1906 par Alphonsine,  elle même disparue en 1937. La Maison Fournaise s’étiole au fil du temps.

Le bâtiment se dégrade et en 1970, la Mairie le rachète pour le rénover.
On retrouve des fresques de l'origine, montrant les quatre étapes de la vie, de la jeunesse à la vieillesse.
Le musée contient des copies de tableaux peints par Renoir sur place ou à proximité, ainsi qu'une yole suspendue : elle est très légère et on comprend qu'elle n'est stable que si le rameur et le barreur sont dans l'axe du bateau. Le rameur tourne le dos à la direction d'avancement. Aussi il revient au barreur de diriger le bateau. On raconte que ce rôle était attribué à une jeune femme, parce qu'elle est peu lourde. Elle guide en tirant sur des cordelettes de chaque côté. Et puis les jeunes gens peuvent se parler loin des parents et en dehors du carcan des convenances....
danse
"La danse à la campagne", 1882-1883, Huile sur toile, 180 x 90 cm, Paris, Musée d’Orsay

 

 

 

 

 

adresse :
3 Rue Bac
78400 Chatou