Diego Rivera et Frida Kahlo

Diego Rivera

(1886-1957) est célèbre pour ses fresques murales révolutionnaires de Mexico.

Diego Rivera est né en 1886 à Guanajuato, au Mexique. Guanajuato signifie "où croassent les grenouilles" et c'est peut-être pour cela, ou bien en raison de son visage joufflu, que le gamin Diego sera surnommé par ses camarades "grenouille". Mais le bébé n'en a cure. Il est né en même temps qu'un frère jumeau qui n'a pas survécu. Avant lui, sa mère a fait plusieurs fausses couches, et c'est pourquoi elle a voulu conjurer le mal en devenant sage-femme.
Il a un père, bien sûr : à cette époque, on est soit un libéral, s'efforçant d'aider les plus démunis, soit un conservateur, assis sur ses privilèges. Le père choisit le camp libéral, ce qui lui vaudra quelques ennuis. Diego est mis à l'abri des ennuis familiaux, et élevé par une nourrice indienne, et, histoire de se faire une belle légende, une chèvre ! C'est un enfant agité, mais aussi très doué, très jeune, pour le dessin. A 8 ans, il suit de cours du soir de peinture ; à 10 ans, il entre aux Beaux-Arts, et en sort, diplôme sous le bras à 16 ans ! A 11 ans, son père lui a confié tout une pièce de la maison familiale qu'il peut décorer comme bon lui semble. Y découvre-t-il le goût pour les grandes surfaces, goût qui débouchera sur les grandes fresques murales ?
Ce qu'il aime, c'est la nature, les grands espaces de liberté, ainsi que les marchés indiens pleins de couleurs chatoyantes. Il fera peu de portraits tout au long de sa carrière, sauf à la demande, et pour gagner sa vie, à la différence de sa future compagne, Frida Kahlo, qui sera plus intéressée par les humains et leur psychologie.
Il a 20 ans, quand le gouverneur de l'Etat de Veracruz lui octroie une bourse pour parfaire son art en France. Les Impressionnistes sont sur la fin, et devenus très célèbres ; à côté d'eux, il y un peintre de la nature que Diego rêve de rencontrer : Cézanne. Malheureusement, Cézanne meurt peu de temps avant qu'il arrive à Paris (1906). Déçu, Diego voyage : vers le Nord (Pays-Bas, Angleterre), puis vers le Sud (Espagne). Il fait deux séjours en Espagne, en 1907 et en 1912. Là, il découvre le Greco, et ses visages allongés, aux couleurs surréalistes.
De retour à Paris, il vit à Montparnasse, à côté du peintre cubiste hollandais Mondrian. Mais leurs relations dégénèrent : Diego refuse le courant cubiste, et tous les autres courants. Il reconnaîtra plus tard, que son art aura mis 40 ans à mûrir, contrairement à Frida, qui a su imposer très vite son propre style. Un exemple de divergence avec les cubistes est le thème religieux : cela ne choque pas un Mexicain de traiter ce thème.
1914 : c'est la guerre. Triste période. Diego en oublie les couleurs. Ses tableaux sont ternes, gris, marrons, tristes.
1916 : Diego vit avec une jeune femme peintre russe, mais leur enfant meurt de faim.
Quand sa palette revit, l'écart se creuse avec les cubistes (comme l'espagnol Juan Gris qui porte bien son nom). En 1918, Diego se fait exclure du cercle des peintres de Montparnasse. Il retourne vers le style de Cézanne, adopte les touches de peinture discontinues (qui font "respirer" la toile), et égaye ses toiles de verts tropicaux transplantés dans des paysages provençaux.
Quand il rencontre un peintre mexicain, il apprend la révolution mexicaine Le gouvernement s'est fixé comme objectif de démocratiser la culture, tout en ravivant l'originalité culturelle du peuple. Son ami mexicain fera tout pour le convaincre de retourner au pays.
Après un voyage en Italie, il quitte définitivement la France en 1920, pour le Mexique.
Il fait la rencontre de la jeune Frida, qui deviendra sa compagne. Il a 43 ans quand il l'épouse, et elle en a 22.
Leurs relations seront ombragées par le caractère insatiable de Diego, et ses nombreuses aventures extraconjugales. Diego voyage maintenant pour son travail : il travaille pour les Ford, et pour les Rockefeller. Il garde toutefois son humour et ses idées anticapitaliste, quand il peint pour les Rockfeller un cochon pour symboliser le riche patron. Il exige de son commanditaire de garder la fresque dans son entier ou de la faire entièrement effacer... Rockfeller la fait effacer. Sur la fin de sa vie, ses idées évolueront vers le communisme, au point qu'il ira se faire soigner d'un cancer dans un hôpital soviétique. Sa femme meurt en 1954. Diego va en Russie en 1956. Il meurt en 1957.

Frida Kahlo (1907-54) est une femme fragile et menue, à l'opposé de Diego.
Elle est la fille d'un photographe émigré allemand et d'une indienne. Cette origine indienne dominera sa façon de penser. Un autre fait déterminant de sa vie est la maladie de la poliomyélite qui la frappe à l'âge de 7 ans. Elle s'en sort diminuée physiquement, les jambes déformées qu'elle cache en s'habillant en pantalon. Ses collègues d'école la rejettent.
Elle est douée pour les études et se lance dans des études de médecine.
Mais un second événement grave marque sa vie : elle voyage en bus quand celui-ci heurte un tramway. Le bus se renverse, la voie se soulève, et un rail pénètre dans la cage thoracique de Frida. On la croit morte, mais elle survit, et devra passer de longues semaines à l'hôpital. Sa mère la déçoit terriblement en ne lui rendant jamais visite. Le seul cadeau de sa mère est un matériel de peinture et un miroir qu'elle fait installer au plafond, pour que Frida puisse se faire son propre portrait à défaut d'autre modèle. De là naîtra sa passion pour le dessin et la peinture, ainsi que son introspection quasi maladive, et son dialogue avec des sujets morbides, qui hanteront ses tableaux.
En 1927, elle rencontre le peintre déjà célèbre Diego Rivera qu'elle arrête dans les couloirs de la Secretaria de Educación Pública où le peintre travaille, pour lui demander d'analyser ses premiers tableaux. Elle a 22 ans et lui 43. Leur mariage sera comparé à l'union d'une colombe et d'un éléphant, tellement ils sont de physique dissemblables. Son accident malheureusement ne lui permettra pas d'avoir d'enfant. En 1932 (elle a 25 ans), elle doit avorter. Elle se représente sur son lit d'hôpital avec le ventre en sang ... A défaut d'élever des enfants, elle s'occupe d'animaux.
Est-ce en raison de la santé fragile de Frida, ou en raison de son ardeur vitale, Diego ne cesse de  tromper sa femme ouvertement. Leur union est donc très agitée. Frida s'oppose également à son mari quand celui-ci accepte de travailler pour les Yankees, que les Mexicains traditionalistes haïssent. Elle restera provocatrice et anti-américaine.
En 1945, elle se fait à nouveau opérer. Elle en sort pleine de vie et prend un amant (pendant 6 mois).
Sa peinture révèle l'intensité de la douleur, douleur physique et souffrance existentielle provoquée par la découverte qu'elle ne serait jamais la mère qu'elle désirait devenir, ni l'épouse, ni l'amante, ni l'activiste elle devait être. sa peinture a souvent été comparée au surréalisme, car les détails lugubres sortis de l'imaginaire s'étalent au grand jour. Mais Frida rappelait qu'elle peignait sa réalité. Les thèmes indiens sont récurrents : le soleil et le sang (les Aztèques adoraient le soleil et lui offraient des sacrifices sanglants). La mort est comme domestiqué. Un jour, une riche Américaine qui avait acheté un tableau lui demanda ce que signifiaient les fleurs qui entouraient la jeune fille représentée allongée et endormie. "Mais elle est morte" lui répondit Frida. L'Américaine puritaine fit profondément choquée d'avoir appréciée ce tableau sacrilège et le restitua à l'artiste.

Pierre-Yves Landouer, septembre 1998 au Musée Maillol, et avril 1999, à la Fondation Mona Bismarck