Egypte : l'art au temps des pyramides

L'art égyptien au temps des pyramides
Exposition, au Grand Palais

Il s'agit de la période de 2700 avant J.C. à -2200. Quatre dynasties se succèdent, de la IIIe à la VIe dynastie. Comme on le sait, l'Egypte est fille du Nil et du soleil. Les crues du Nil apportent le limon indispensable aux cultures, que lève le soleil. Le mythe de la création dérive de l'image des crues du Nil : une butte de terre émargea de l'Océan primordial.
Vers 2700, le roi Djéser (IIIe dynastie), avec son architecte Imhotep, innove dans l'art funéraire : il fait construire un monument funéraire en pierre, au lieu d'utiliser la brique crue. Par ce geste, il rend éternel le temple dit de l'éternité (le tombeau). Il créé aussi la forme pyramidale, qui permet l'élévation de l'âme vers le ciel. L'âme rencontre le soleil, et prend place à bord de la barque solaire, pour renaître, comme le soleil, chaque matin. C'est ainsi que l'âme gagne son éternité. Le mythe d'Osiris est plus tardif. Pour le moment, la dynastie règne sur le Nord, autour de Memphis (sa capitale). Le royaume des morts est sur la rive gauche du Nil, côté couchant. Le dieu Horus de Hiérapolis (nom grec de la ville, qui s'appelait "la maison d'Horus" en égyptien) s'impose comme patron des rois, qu'il protège comme sa propre descendance.
A proximité du monument funéraire du roi, les fonctionnaires et les prêtres se font construire des monuments plus modestes mais tout aussi intéressants pour l'archéologie : ce sont les mastabas. La tombe est isolée dans une salle à l'abri des voleurs, le serdab. La famille peut faire des offrandes dans une sorte de chapelle, qui communique avec le caveau par des fentes creusées dans le haut du mur. Par là circulent les vapeurs d'encens. Les offrandes réelles, sont reproduites sur les murs : offrandes de pain (posés verticalement sur une table), de volailles, d'onguents, d'encens, de bière (pain fermenté dans de l'eau, additionné de pâte de dattes). On assiste à des scènes superbes de chasse (au cerf, aux oiseaux, ou au lion), de travaux des champs et d'offrandes aux dieux (bœufs emmenés au sacrifice). Les bas-reliefs sont les plus beaux. Les peintures utilisent des couleurs de base (sans dégradé). On a trouvé aussi des incrustations de plaques d'argile cuite. Les couleurs sont plus vives, les ocres pour les corps ou les verts des roseaux. Le mobilier est important (quand il n'a pas été volé) dans les tombes royales : la reine Hetepheres a légué sa chaise à porteur en cèdre (et on sait que le cèdre venait de loin, du Liban). Cette chaise était peu confortable, car la reine devait se tenir assise, avec les jambes pliées.
Les rois de la IVe dynastie adoptent le titre de "Horus vivant, fils de Ré". Ils n'en demeurent pas moins des dieux vivants.
2620-2590 : règne de l'ambitieux Snéfrou. Il projette des pyramides encore plus pointues. Mais c'est un échec. Pour la première fois, la pyramide de Meidoum est conçue à bords lisses (sans degrés). Le parti retenu consiste à isoler le cœur de l'ouvrage contenant la chambre funéraire et à le soutenir avec des murs légèrement inclinés vers l'intérieur. Mais l'enveloppe pyramidale s'effondre, ne laissant debout que le noyau central. La pyramide de Dachour est établie sur un sol instable, qui s'affaisse. Il faut adoucir la pente des côtés, d'où la forme inhabituelle rhomboïdale. De plus, la chambre funéraire se referme sur elle-même sous la poussée des terres.
2590-2565 : règne de Khéops. Il fait édifier la fameuse pyramide de Guizeh dès le début de son règne. Elle mesure 146 m de haut. Sa construction demeure énigmatique. Les côtés sont très raides (52°). Un canal de dérivation du Nil permet d'acheminer les matériaux au pied de l'ouvrage. On exclut l'hypothèse d'une rampe qui aurait fait le tour en hélice, à cause des virages trop serrés en angles. On suppose que des rampes de moins de 8% avançaient les blocs au plus près, d'où ils étaient repris par des engins élévateurs. Les blocs atteignaient 15 tonnes. On a calculé qu'un bloc devait être mis en place toutes les 2 minutes pendant 17 ans ! Ce sont deux générations d'Egyptiens qui ont courbé l'échine et sué sur le chantier, car la durée de vie était de l'ordre de 20 ans. A la mort du roi, son corps est momifié et transporté en procession, sur un navire, d'abord sur les lieux saints, ensuite jusqu'à la pyramide.

Son successeur, Didoufri (2565-2558), ne veut pas imposer au peuple une telle charge. Il se contente d'une petite pyramide. Mais il est détrôné par Khéphren (règne de 2558 à 2533) qui suit l'exemple de son père, et entreprend une pyramide de 60 cm moins haute. Les trois pyramides (la troisième est celle de Mykérinos, le successeur de Khephren) sont construites sur une même diagonale.
A la Ve dynastie, le roi Ouserkaf (2500-2492) innove en commandant des obélisques : ce symbole solaire est associé au temple funéraire, en raison de la filiation solaire du roi. Des captifs, sur le chemin d'accès au temple, symbolisent le chaos que le roi doit vaincre. Les premiers textes dits des morts sont écrits pour faire survivre les âmes des rois. Le roi sort de la tombe et passe devant la demeure redoutable d'Osiris, qui lui ouvre la porte du soleil. Il peut alors embarquer sur la barque de Rê. Son âme gagne l'immortalité, comme le soleil.
A la VIe dynastie, les gouverneurs de provinces sont indépendants. Ils ne se font plus enterrer à Saqqarah. La cohésion Nord-Sud s'effondre pour 150 ans de "période intermédiaire".

Récapitulatif :

 

 

 

 

 

 

 

années

rois

2620

Snéfrou

2590

Khéops

2565

Didoufri

2558

Khephren

2533

Mykérinos

2515

Chepseskaf

Pierre-Yves Landouer, le 14 juin 1999