Exposition du Musée de Lille

au Grand Palais

Comme beaucoup de Musées de Province, le Musée de Lille a été créé en 1801. La politique, à l'époque, consistait, non pas à spécialiser les Musées, mais à y éparpiller des œuvres de tout style, et toute origine (notamment des œuvres "volées" en Italie et en Espagne).

Au 17 è siècle, le Marquis de Marigny crée les Ecoles des Beaux-Arts, chargées de promouvoir les Arts, de faire des expositions et d'attribuer des Bourses (la Bourse de l'Académie de Paris est le "Prix de Rome", récompensé par un séjour dans la Ville la plus artistique d'Europe).

Wicar, né à Lille en 1762 d'un père menuisier, "descend" à Paris où il devient est l'élève de David. Il est très impliqué dans les manœuvres de la Révolution, tout comme son professeur. David est exilé en 1815. Wicar s'exile de lui-même en Italie, où il constitue une belle collection, aujourd'hui au Musée de Lille.

Parmi les œuvres que notre guide commente longuement, je retiens :

- La Descente de Croix de Pierre-Paul Rubens (tableau très haut + esquisse). Rubens s'est formé en Italie, à Mantoue, à l'époque du Caravage (connu pour ses effets de lumière et son cadrage "moderne" des personnages à moitié coupés) et du baroque des frères Carrache. Il revient à Anvers en 1610. Il y peint une première Descente de Croix. Celle des Augustins de Lille est de 5 ans postérieure. Elle est influencée par la Contre-Réforme : le visage de la Vierge est rapproché du Christ. Le Christ est montré en souffrance, porté par Saint Jean. Une vielle dame semble regarder la scène. Ce tableau est emprunt de la religiosité du Sud des Pays-Bas, qui s'opposent au Nord, devenu protestant, et d'une froide rigueur artistique.

Jordaens et Van Dyck sont les élèves de Rubens. Jordaens compose peu ses tableaux, qui sont une succession des petites scènes théâtrales, comme dans L'enlèvement d'Europe. Cette habitude lui viendrait de la tapisserie.

- Eglise de Delft : ce tableau austère témoigne de l'Art des Pays-Bas du Nord. L'Eglise est censée rassembler le peuple, aussi bien le mendiant en haillons que le noble à la tunique rouge.

- Vanités : on appelle ainsi des natures-mortes, de fruits, fleurs ou fruits de la mer, où des symboles évoquent la précarité de ce bas monde (papillon, crâne). Les Hollandais excellent dans cet art "décoratif".

- Georges Lallement (Nancy, 1575 - Paris, 1636) est maniériste. Il s'attache aux détails, qu'ils rehaussent de couleurs vives. Aucun espace n'est laissé dans le vague ou l'obscurité. L'œil se perd sur une surface toute colorée.

- Philippe de Champaigne (Bruxelles, 1602 - Paris, 1674) a beaucoup travaillé pour les Ordres religieux, du temps de Louis XIII (Nativité, peinte pour l'Oratoire de Paris). Il se dégage du surnaturel du Baroque. Ses tableaux sont plus simples et plus rationnels.

- La Hyre (Paris, 1606-1656) eut des problèmes de santé. C'est un paysagiste dans le genre de Nicolas Poussin. Le paysage n'est pas un but en soi, mais un prétexte pour y placer des petits personnages.

- Boilly est contemporain de Wicar et son ennemi personnel. Wicar le dénonce. Boilly rachète sa faible ardeur révolutionnaire en peignant  Les tribunaux disculpant Marat (en peu de temps, dit-on).

- Goya est présent avec deux tableaux superbes de vielles dames, peints dans les années 1815, au tournant de la période noire du peintre. Les mauvaises langues ont vu la Reine Maria-Luisa dans la vielle dame aux yeux rouges. Ces tableaux ont été ramenés en France par Napoléon, puis ont appartenu au Roi Louis-Philippe qui les a amenés avec lui en Angleterre dans son exil (1848) et les a vendus aux enchères.

- David (Paris, 1748 - Bruxelles, 1825) peint le Général Bélisaire qui a été injustement condamné à avoir les yeux crevés. On retient le décor monumental, typique de l'artiste. Cette œuvre est acquise par le Musée du Luxembourg, puisque le Louvre ne peut pas l'accueillir, du vivant de l'artiste, et c'est ainsi que Lille la récupère.

Pierre-Yves Landouer, Juin 1995