Exposition Paris-Bruxelles au Grand Palais

L’exposition se concentre sur la période allant de 1850 à 1910, que couvre également le Musée d’Orsay. Elle a pour but de mettre en évidence les échanges culturels entre la France et la Belgique.

Les relations entre les deux pays se resserrent particulièrement en 1832, quand le roi des Belges, Léopold Ier, épouse, à Compiègne, la fille aînée du roi Louis-Philippe.

La Belgique a servi de terre d’accueil pour des artistes français, qui manquaient de liberté, comme Victor Hugo ou Courbet. Elle a reçu la visite d’autres artistes, simplement intéressés à diffuser leurs oeuvres, comme les Impressionnistes ou  Rodin. mais l’accueil se retire lorsque Victor Hugo, qui a fait son premier voyage en Belgique, dès 1851, s’en prend vigoureusement à l’Empereur napoléon III, qu’il surnomme, dans son pamphlet, ‘Napoléon le Petit’. La Belgique le chasse en 1871.

Rodin y fit ses premiers essais, en décorant l’Hôtel d’Anspach, qui a été démoli, depuis. L’hôtel a été dessiné par l’architecte français, Carrier-Belleuse. Rodin a sculpté des cariatides dans le style Renaissance, où son art ne se révèle pas encore. Il vit à Bruxelles 7 ans, et c’est là qu’il attaque, en 1876, une oeuvre qui marque un tournant dans son style et dan sa carrière : le jeune homme nu, nommé ‘l’Age d’airain’. Cette oeuvre choqua ses contemporains car elle représente un jeune homme nu, qui semble se gratter le front, sans qu’on puisse interpréter ce geste. La statuaire de l’époque se référait à la mythologie, et la mythologie offre des exemples de jeunes guerriers courageux, qui ne se grattent pas le front, mais qui brandissent un javelot ou une épée. De plus, on trouva l’oeuvre de Rodin tellement proche de la réalité qu’on l’accusa d’avoir réalisé un moulage, ce qui est formellement interdit aux sculpteurs. Trois années après l’exposition scandaleuse, en 1880, le modèle réapparaît : c’est un soldat. Il peut innocenter Rodin. Des lors, la statue est acceptée, et même appréciée, et la France en commande un exemplaire en bronze. C’est ainsi que démarre la carrière célèbre de Rodin.

Des poètes : Emile Verhaeren, qui est belge, habite Saint-Cloud, où il fréquente les écrivains français, comme Gide. Mais tous les Français ne se plaisent pas en Belgique : c’est le cas de Baudelaire, qui ne cesse de dénigrer le plat pays et ses habitants.

La peinture est sûrement le domaine privilégié des échanges : le même courant historique prévaut au début du 19 ème siècle, soit à cause de l’influence du romantisme, soit pour réaffirmer la personnalité nationale. L’artiste de référence est Henri Leys (Anvers, 1815-69). 

Puis vient le courant paysagiste, initié, en France, par Gustave Courbet. Il expose en Belgique en 1851. Un peintre belge s’inspire de son style, et crée l’Ecole de Vertueren, au Sud de Bruxelles, par analogie avec l’Ecole de Barbizon. L’Angelus de Millet est acheté par un ministre belge.

Mais la montée des inégalités sociales et la migration vers les villes, génératrices de souffrances, détournent certains peintres de la nature insouciante, et les oriente vers le réalisme des scènes familiales ou sociales. Courbet est de ceux-là. Il rencontre le philosophe socialiste, Prudhon, qui s’est volontairement exilé en Belgique. Tous deux sont originaires de Franche Comté. Courbet peint Prudhon, assis sur un arbre, en train de réfléchir. A l’inverse, le Belge Alfred Stevens (Bruxelles, 1823 - Paris, 1906) s’établit à Paris en 1852, où il fait la connaissance de Manet. Celui-ci expose en Belgique en 1869. Les grandes expositions officielles ont lieu tous les trois ans, alternativement, à Bruxelles, Gand et Anvers.

Seurat expose en 1887 son oeuvre majeure, La grande jatte. En 1888, Van de Velde fait un tableau pointilliste de la plage de, qui traduit l’influence de Seurat ou Signac. La côte attire les peintres. Ce n’est pas la Normandie, chère à Monet et Bourdin, mais Blankenberghe, encore sauvage (aujourd’hui, le front de mer est une barre de béton). On note que le bord de mer commence à se bâtir, ce qui n’était pas le cas sur le tableau de Félicien Rops (Namur, 1833 - Essonnes, 1898) de 1877.

Le symbolisme réagit contre la religion, et prône un retour aux origines, et au mysticisme.

La fin de siècle est à nouveau sociale, avec des triptyques, façon église, sur la dure vie des casseurs de pierre ou des fondeurs de la sidérurgie.

La sculpture :

Bourdelle épouse une flamande. Carpeaux visite les galeries belges, en 1863, et semble se laisser influencer par Rubens, et ses nus callipyges. Rodin passe 7 ans en Belgique.

Au tournant du siècle, l’Art nouveau fleurit davantage en Belgique qu’en France. Les artistes échangent leurs points de vue, et s’influencent mutuellement, que ce soit dans le mobilier, les bijoux ou l’orfèvrerie.

La musique :

Les musiciens romantiques, peu appréciés en France, trouvent un public accueillant en Belgique : Massenet, Vincent d’Indy.

A l’inverse César Franck, qui est belge, fait sa carrière en France.

Pierre-Yves Landouer, le 2 juin 1997