La collection d'art asiatique de John Rockefeller

Un petit mot sur M. Cernuschi dont le portrait orne l'entrée : il finance des journaux d'opposition ce qui lui valut quelques difficultés. Il s'exila à Rome, revint et ce fut la Commune. Il prit parti ce qui valut, après l'échec de la commune, d'être emprisonné. Sorti de prison, il décide de prendre le large, et part voyager en Asie. C'est là que naît sa vocation de collectionneur : il est approché par des revendeurs qui lui proposent de belles pièces. Il visite ainsi le Japon, l'Indochine, l'Indonésie, et l'Inde. L'hôtel qu'il fait construire au parc Monceau est spécialement conçu pour abriter sa collection. L'hôtel est de style italien. Le lotissement du parc vient juste d'être entrepris.

John Rockefeller le troisième est le petit fils du Rockefeller qui a fondé la Standard Oil. Il accompagne les diplomates américains après la guerre, pour signer les accords de paix en Extrême-Orient Il constitue une collection à travers tous les pays d'Asie, qu'il décide de présenter au public américain pour divulguer l'art asiatique.
L'Inde :
La première statue qui nous est présentée est un bouddha sculpté en Inde du Nord. Il tient à la main une fleur de lotus, symbole de pureté car elle pousse même dans des eaux sales. Le bouddhisme est apparu au VIe siècle av. J.-C.. Bouddha, "l'éveillé", était un prince de la famille de Sakia [Chakia], d'où son nom Sâkyamuni. Dans les premiers temps, l'image du prince n'existe pas. Il est seulement suggéré par des traces de pas ou un trône vide. Les statues apparaissent sous l'influence grecque apportée par les légions de soldats d'Alexandre. Le theravada, ou Petit Véhicule, impose l'ascèse pour atteindre la fin, sans réincarnation, ou nirvana. Tandis que le mahayana ou Grand Véhicule admet, aux côtés du Bouddha historique, des boddhisattvas, qui sont des purs prêts à atteindre le nirvana, et qui renoncent pour aider les hommes. Le mahayana multiplie les statues du Bouddha historique, des quatre bouddha associés au quatre points cardinaux, et des boddhisattvas. Les bouddhas se reconnaissent à une couleur : le blanc pour le bouddha historique le rouge, le vert, le bleu et le jaune pour les quatre autres. Le bouddha de l'Ouest, Amitabha, est particulièrement adoré : il aide les morts à se rapprocher du ciel. La matière est le pierre (schiste noir, à texture fine), ou le bronze. Le bronze est maîtrisé très tôt et de bonne qualité.
La Chine :
La Chine est une vaste plaine traversée par deux grands fleuves, le Fleuve jaune (qui charrie de la boue) et le fleuve bleu, plus au Sud. Le pays est si vaste que des dynasties dominent le Nord ou le Sud, rarement tout le pays. Il doit résister aux occupants Mandchous et aux Moghols. Ceci explique que les fours à céramiques les plus actifs sont au Sud-est, loin des terrains de bataille (Jingzhen). Les vases en bronze sont utilisés très tôt, dès la dynastie Zhou [djo], VIe siècle av. J.-C., soit pour les cérémonies funéraires soit pour les banquets. Les motifs sont des vagues et des spirales à bords carrés. On trouve aussi des cigales, motifs de l'immortalité, car la cigale hiberne. Les Han du Sud [ran], -200 à +200, produisent des poteries d'animaux (chevaux) et des vases en bronze. Le dragon, animal aquatique, symbolise l'immortalité. Il s'apparente à certains animaux qui savent se cacher dans le désert, en période de sécheresse, et réapparaître aux premières pluies. Un brûle parfum en forme de mont Bo servait à brûler des essences à la fois odorante et purificatrices, dont les volutes sortaient par des trous d'une forme de montagne en bronze. Un miroir de l'époque Tang (VIIe siècle-XVIIe siècle), en étain, est incrusté de papillons d'argent, sur le revers. La face réfléchissante était argentée. Un vase martelé révèle une technique d'Iran sassanide. Des statuettes représentent les serviteurs d'un roi décédés. Ce sont des substituts funéraires qui accompagnent le mort dans son voyage. Auparavant, la tradition voulait que les serviteurs, ses épouses et les animaux du roi le suivent dans la mort. Ils étaient assassinés et enterrés à ses côtés.
Trois dynasties produisent une statuaire remarquable : dans l'Inde du nord, les Gupta, dans le Bihâr et le Bengale, les Pala, et au Sud, les Chola.
Le Bouddhisme est introduit au Japon à partir de la Corée vers l'an 550.

Pierre-Yves Landouer,  mars 2000, Musée Cernuschi