Le gant

Exposition au Couvent des Cordeliers

Description des étapes de la fabrication :

1 - Le cuir venant de la mégisserie est émincé (on arrache les irrégularités côté velours). Autrefois, on utilisait un couteau à doler. Vers 1800, une machine a été inventée. La peau est ensuite humidifiée dans une nappe, pendant quelques heures, pour le rendre élastique. Si la peau est "placée", c'est à dire travaillée d'un côté, on la talque.

2 - Dépeçage : cette opération consiste à découper des bandes de peau de la taille des gants à fabriquer. La peau est étirée dans les deux sens (longueur et largeur). Le gantier mesure la taille (= longueur) et la pointure (= largeur) à l'aide d'un pied, qui est une règle graduée de 12 pouces (1 puce  = 2,7 cm). On dit que le pouce est de la largeur de celui de Charlemagne. Après la découpe, le gantier aplatit les bords avec un couteau à déborder. Les chutes seront utilisées pour les entre-doigts ou fourchettes (ils ont en fait une forme de V).

3 - Etavillonnage : sur la pièce de peau rectangulaire, on marque la forme du gant, en suivant le calibre, en carton, avec l'ongle ou un stylet.

4 - Fente : cette opération est le découpage de la peau à la forme du gant. Xavier Jouvin a mis au point, en 1834, des matrices "emporte-pièce". On pose la peau sur la matrice. Celle-ci est composée de lames en formes de la découpe. Une presse exerce la pression qui sectionne la peau.

5 - La couture : elle est manuelle. Les deux parties du gant (dessus et dessous) sont d'abord réunies, puis, on coud les fourchettes, doigt par doigt. A la jointure des doigts, on rajoute le carabin, petit morceau en forme de V qui donne plus d'aisance au mouvement des doigts (et plus de solidité au gant, dans cette zone fragile). Le point utilisé était autrefois le surjet à l'envers. Pour cela, le gant était cousu à l'envers. Le point fait une boucle. En retournant le gant, la couture est invisible. Aujourd'hui, on utilise plutôt le piqué anglais, sur l'endroit. On vérifie la solidité de la couture en enfonçant des pinces de bois (fuseaux).

6 - Dressage : on enfile dans le gant une main métallique chauffée électriquement, pour dérider la peau.

7 - Lissage : la peau est lissée avec des manchons couverts de peluche qui tournent vivement.

L'exposition rappelle aussi l'histoire du gant depuis Pline le Jeune, jusqu'à la corporation des gantiers (ordonnances royales de 1090 et 1357), les conflits avec les peaussiers (sur la partage des tâches, ces derniers réclamant la complète préparation des peaux, avant découpage). Le caractère purificateur du gant est attesté par l'usage des druides, et par la cérémonie des couronnements de Rois de France. Plus récemment, ce sont les acteurs et actrices qui ont "repris le gant". On expose le gant (mousquetaire) de Buffalo Bill. Un Mousquetaire est un gant dont la manche est ouverte vers le bas. Ces dames portent de gants longs (couvrant l'avant-bras) ou des gants mi-longs. Si la manche est évasée, c'est un Saxe.

Pierre-Yves Landouer, en octobre 1994