Les derniers Capétiens

L'exposition couvre la période de 1270 à 1314, depuis le règne de Philippe le Bel, jusqu'à Charles IV le Bel, le dernier des Capétiens. Il meurt sans héritier et ce sont les Valois qui lui succèdent, mettant fin à la dynastie des Capétiens directs (fondée en 987 par Hugues Capet).

Le Paris de cette époque est, derrière Cordoue, la seconde plus grande ville d'Europe, avec 200.000 habitants en 1328, contre 100.000 à Venise et 60.000 à Londres. Philippe le Bel est connu pour avoir spolié les Templiers. Les raisons de cette élimination restent mystérieuses. Fallait-il renflouer les caisses de l'Etat ? Le roi s'est fait une réputation de faux-monnayeur. Il aurait enrichi l'Etat en frappant monnaie au delà des réserves de métaux précieux, provoquant une inflation néfaste pour l'économie. Cette monnaie excessive a été appelée "monnaie de billon".

La statuaire : religieuse, mais expressive
Le "gothique" est un terme inventé au XVIe siècle, par un architecte italien, Vasari, épris de classification. Il baptise cet art "gothique", par dérision, pour l'assimiler à un art barbare, par opposition à l'art nouveau, qu'on appelle "Renaissance". On parlait, au XIIIe siècle d'art français, puisqu'il était né en Ile-de-France. Le XIIIe siècle voit se multiplier les dons de riches familles qui font construire des chapelles privées, décorées de statues pieuses. La statuaire présente les caractères suivants : mouvements gracieux, visages inclinés, plis élégants de draperies, sens de l'équilibre. Vers 1320, le style accentue les traits, mais perd en grâce : c'est le style dit "maniéré". Les portraits sont plus ressemblants, les mouvements plus prononcés. C'est le cas des statues de Saint-Louis, faites après sa canonisation, en 1297.
Philippe le Bel aménage une salle de son palais de la Cité, avec des statues des rois. On y trouve même son conseiller favori, Enguerrand de Marigny. Celui-ci est assez riche pour passer des commandes pour l'église d'Ecouis (dans l'Eure) : une Marie-Madeleine vêtue de sa seule chevelure. Ses cheveux ondulent en arabesques. Une Sainte Véronique porte le suaire, suivant une tradition inventée au Moyen-Age. A la mort de son protecteur, Enguerrand sera disgracié, dépossédé et pendu au gibet de Montfaucon (1315).
A Poissy, ville natale de saint Louis, Philippe le Bel fait construire, en 1300, un monastère dominicain nommé Saint Louis de Poissy. Seules quelques statues de cette époque ont survécu, notamment une d'Isabelle, la fille de Philippe le Bel (qui se marie à Boulogne, avec un Anglais).
Dans le Midi, le style est plus chargé, rehaussé de pierres simplement polies (on ne pratique pas encore la taille).
Les chœurs des églises sont entourés de tentures suspendues à des tringles, elles-mêmes portées par des piliers. Ceux-ci sont surmontés d'anges souriants, la bouche à peine ouverte, le regard malicieux. Dans leurs mains, ils tiennent les instruments de la Passion, mais ceux-ci sont cachés sous un voile.

L'orfèvrerie : l'âge d'or de l'émail
Pour contenir les reliques, les orfèvres fabriquent des reliquaires, en forme d'églises, ornés de statues et rehaussés de pierres précieuses et d'émaux. Une technique raffinée pour faire ressortir l'émail consiste à remplacer le support de cuivre par un fond en or et y incruster des formes de trèfles, ou de rosaces. C'est l'émail de plique. Une autre technique où l'on raye finement le fond rend l'émail translucide (émail de basse taille). L'origine des ateliers est connue grâce aux poinçons rendus obligatoires en 1275. Ils sont un gage de qualité (mais un risque de fraude !).
On travaille l'ivoire, pour des petits objets (dés, peignes, statuettes). Les ateliers les plus réputés sont ceux de Paris et Saint-Denis.

Enluminures : au service de l'Eglise et des Grands
Les enluminures sont un autre volet de l'art : le dessin est symbolique, la taille des personnages proportionnée à leur importance. La colline évoque la nature et l'arbre la forêt. Une simple tour crénelée représente un château. Les maîtres sont parisiens (exemple : maître Honoré).

Le vitrail est l'enluminure du pauvre ; le peuple illettré y lit les histoires saintes :
Le vitrail est plus développé dans le Nord, car dans le Midi, on réduit les ouvertures pour s'abriter de la chaleur estivale (il n'y a qu'à regarder la cathédrale d'Albi). Les couleurs s'enrichissent avec le jaune d'argent qui pénètre le verre à la cuisson (cémentation). On en fait des cheveux blonds ou des ourlets verts, en bordure de chapes bleues.

Objets usuels :
Des objets usuels ont été retrouvés, enfouis : gobelets en verre à pied annulaire (avec des anneaux), fioles, brocs en terre cuite, chaussures,  patins à boue, en bois. Les céramiques sont couvertes d'une glaçure de plomb, verte ou marron, dans le Nord, ce qui les distingue de celles du Midi, ornée d'émail plus coloré à base d'étain, de cuivre et de manganèse.
Les carreaux de sol sont de format standard. Les dessins sont des animaux familiers (oiseaux, chiens, ...) ou des écussons. Les couleurs sont le marron, l'ocre, le jaune, le vert principalement. La face est protégée par une glaçure.

Pierre-Yves Landouer, mai 1998, Grand Palais