Les fleurs des cathédrales gothiques

Les premières représentations de la nature, que l'on trouve dans les cavernes, sur les parois, se limitent au registre animalier. On ne dessine pas encore les végétaux. Il faut attendre 3000 ans av JC pour qu'apparaissent les premières fleurs, sculptées par les Sumériens, à Persépolis. Les Grecs couvent les chapiteaux des colonnes de feuilles d'acanthe et autres formes tirées de la nature.

L'art roman montre aussi quelques feuillages sur les chapiteaux uniquement à l'intérieur des églises.
L'art gothique multiplie les représentations de la nature, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur, sur les gables, les pinacles etc… Ce sont des guirlandes de boutons de roses qui courent le long des arcs-boutants par exemple.
Dans la gorge, partie entre deux colonnes, la paroi se couvre de sculptures végétales. Renforçant l'idée de forêt que confèrent les piliers, rectilignes comme des troncs de chênes.
On distingue, comme dans tout l'art gothique trois périodes :

Période 1 :
Saint-Denis : l'abbé Suger (son épitaphe rappelle, que "petit de taille, il ne voulut pas vivre petit") édifie la basilique (devenue récemment cathédrale). On observe des feuilles de plantain (aux propriétés curatives pour la plante des pieds d'où son nom). Du figuier, arbre symbolique de la Bible.
1160 : à ND de Paris, la feuille est stylisée sur les chapiteaux, de même  à Troyes.

Période 2 :
La seconde étape de l'art est naturaliste : on s'attache à représenter fidèlement la nature. On ne recourt plus seulement aux arbres et plantes cités dans la Bible. Exemple : on reconnaît l'achillée millefeuille à la Sainte-Chapelle de Paris.
A Bourges, on voit du houblon, qui n'a rien de biblique mais est très à la mode (pour la bière). Sa feuille ressemble un peu à celle de la vigne, et aussi à celle du figuier.
Saint-Denis est décoré avec de l'armoise, aux propriétés curatives connues.
Chartres : fougère (anti-parasites), fraise, symbole de l'humilité (elle se cache et quand on la découvre, elle rougit). Sa feuille, trilobée, évoque la trinité. De même, l'érable champêtre et le trèfle ont des feuilles de cette forme symbolique. Le trèfle est bon pour le sol (qu'il enrichit) et il soigne les maux des yeux.
Période 3 :
Le gothique dit flamboyant est exubérant : on découvre ainsi le chou frisé, très prisé à cette époque.
A la Renaissance, le chou disparaît du répertoire.
Tour des cathédrales :
Reims : l'ancolie, sa corolle recueille la rosée.
Les chapiteaux où convergent toutes les poussées des voûtes sont décorés de feuillages légers, comme pour conjurer les pressions qu'ils subissent.
Lierre, érable, brionne (sa racine soigne les rhumatismes).
30 espèces ont été recensées : figuier, châtaignier, mandragore. Celle-ci est la "plante des sorcières", à effet sédatif, elle guérit la dépression. Les Egyptiens la connaissaient. Rachel qui ne peut pas avoir d'enfant implore Léa de lui donner de la mandragore. Ses racines ont une forme humaine. Pour la déterrer, on invente u rituel superstitieux.
Belledonne (sert pour dilater la pupille)
Garance (sa racine sert à la teinture rouge des uniformes).

Amiens : on y voit de la campanule. Des travaux annuels des champs sont représentés (gaule des noix).
Bourges : on y voit la benoîte, à feuille jaune et fleur trilobée.
ND de Paris : étant sur une île, il faut le rappeler, d'où … les nénuphars. L'arum est représenté. La forme de sa fleur a inspiré l'outil pour déterrer les asperges et aussi un outil de sculpture, en creux, la "gouge". On voit du cresson 'encore un lien avec les milieux humides), de l'églantine, du lierre, des noyers, de l'armoise. A droite de Saint-Sylvestre, sur les piédroits d'un portail, poirier, nèfles, grenade (symbole de Héra, protectrice des mariages), aristoloche (la feuille des tapissiers car on la voit sur les tapisseries). La digitale et le pavot symbolisent la médecine.

La fleur de lys : c'est un iris.
Clovis, à Tolbiac, poursuivait les Alamans. Il atteint un étang et décide d'y passer avec ses troupes. Il attrape un iris qu'il met à son chapeau. On l'appelle "la fleur de Clovis", puis, par déformation "de lys"

La rosace s'inspire de la forme de la rose, à nombreux pétales.

Pierre-Yves Landouer