Les Ibères

Les premières découvertes remontent aux années 1860.

Le nom d'"ibère" a été donné par l'historien Strabon. "Iber" a la même racine que Ebre (le fleuve).
La civilisation des Ibères s'est étendue le long de la Méditerranée, d'abord dans le Sud de la péninsule (Huelva, près de Cadix), puis après le VIe siècle av. J.-C. jusqu'au Languedoc. Elle occupait principalement la côte, mais aussi l'intérieur des terres. C'est une région riche en agriculture et en minerais (or, argent, fer, cuivre). Au centre de la péninsule ibérique, vivaient les Celtibères et à l'Ouest, les Celtes.
Cette civilisation se distingue des peuples voisins, car sa langue ne dérive pas de la racine indo-européenne (comme le basque). L'alphabet a été en partie déchiffré en 1922, en utilisant les monnaies frappées à partir de -200, qui portent la dénomination du pays en langue ibère et d'autres langues. On a repéré 28 signes, des consonnes et des syllabes comme co, ce, ci, ca, cu. Il existe des transcriptions en étrusque et en grec, mais on n'a pu identifier que quelques mots, afférent à des transactions marchandes. Pour le reste, on sait lire les mots mais on ne sait pas les traduire !
Les échanges avec les Phéniciens sont attestés dès la création par ceux-ci d'un comptoir à Cadix (Tartessos), au VIIIe siècle. Les échanges se produisent également avec les Grecs implantés à Ampurias, en 590 av. J.-C. (Nord de la Catalogne) et les Carthaginois. Mais ceux-ci sont chassés par les Romains, lors de la seconde guerre punique (Rome contre Carthage, -218 à -202). L'histoire s'arrête avec les conquêtes d'Auguste.
L'art des Ibères fait ressortir une influence orientale, d'Egypte notamment : doubles coiffes, visages fins, fleur de lotus (qui ne poussait pas en Espagne). Comme en Assyrie, on représente des combats entre des guerriers et des animaux locaux (loups), mythiques (griffons, sphinx) ou éloignés (lions). Les échanges avec les Phéniciens et les Grecs ont influencé l'art. Par exemple, les vases, qui ont des formes propres, distinctes des vases grecs, sont ornés de frises grecques. Les statues de femmes ont des tresses semblables aux statues phéniciennes. L'orfèvrerie est également influencée : la technique ibère est à base de cire perdue ; les Phéniciens introduisent la soudure d'éléments laminaires et la filigrane.
La métallurgie sert aux armes : le falcata est un couteau à lame courbe, et effilée, dont l'extrémité est à 2 tranchants, comme un poignard. On a trouvé des morceaux d'armures (brassières, protections d'épaules) et des boucliers de forme ovale (différente de la forme ronde des boucliers romains).
Que reste-t-il de cette civilisation : des objets d'usage courant, vases, gobelets, des bijoux trouvés sur des morts, des monuments funéraires, des textes non déchiffrés. Tout cela donne une petite idée de leur mode de vie, de leurs ressources, de leur religion et de leurs usages funéraires. Les morts étaient incinérés et les cendres contenues dans des urnes, elles-mêmes placées dans des fosses avec le mobilier du défunt. Seuls les dignitaires sont enterrés dans des tumulus (comme dans beaucoup d’autres civilisations). Des tombes en forme de tour ou de pilier-stèle surmontent les tumulus. On trouve notamment des statues zoomorphes à la fin du VIe siècle (influence grecque possible), et notamment des taureaux. Le taureau était sacrifié pour fertiliser la terre (ancêtre de la corrida ?).

Pierre-Yves Landouer, octobre 1997, exposition  au Grand Palais