Les Impressionnistes autour de la gare Saint-Lazare

L'intérêt des impressionnistes pour la gare Saint-Lazare est la conjugaison de plusieurs événements.

1. la gare : elle est construite vers 1850. Il ne s'agit alors que d'un quai et d'une bâtisse pour la vente des tickets. Son implantation correspond à la zone en contrebas du pont de l'Europe actuel. Le train ne dessert que la banlieue Ouest. Peu à peu, de nouvelles lignes se rajoutent et il faut agrandir la gare. On parle de six gares, celle de Saint-Germain, celle du Havre, etc..

2. Le quartier de l'Europe :
Un promoteur nommé Mosnier se charge d'aménager le quartier, qui jouxte la gare au Nord. Il s'inscrit dans la ligne du baron Haussmann : il trace des rues rectilignes qu'il borde d'immeubles bourgeois en pierre de taille. Il a l'idée de génie de réconcilier les deux rives de part et d'autre de la tranchée de la voie ferrée : le pont qui enjambe cette tranchée s'élargit pour former une place, la place de l'Europe, autour d la quelle rayonnent les rues de Saint-Pétersbourg, Constantinople, Madrid, Vienne, Londres et Liège, comme six branches d'une étoile. Le long de la tranchée, les rues de Rome et de Berne (initialement rue Mosnier), attirent une foule de dames de petite vertu.

3. Les peintres :
Le long de la rue de Rome, des ateliers de peintres s'installent du côté de la gare, pour profiter de la lumière en l'absence de vis à vis. En 1872, Manet prend un atelier au rue de Saint-Pétersbourg. Il habite plus haut, vers la place de Clichy. Monet lui rend visite et se passionne pour l'activité ferroviaire. Les fumées bleutées diffusent la lumière. En 1877, il obtient l'autorisation de planter son chevalet où bon lui semble, dans le périmètre de la gare. Ses tableaux déclinent les vues du pont de l'Europe, masqué par les fumées et les vapeurs des motrices, ou, en tournant le dos au pont, les marquises de fer qui couvrent les quais. Monet sait capter la magie et le charme de l'éphémère et de l'impalpable.  Un autre peintre, d'un style très différent, fréquente le quartier : Caillebotte. Ses tableaux ne laissent pas la place à l'improvisation. Ils sont mûrement réfléchis, longuement esquissés, minutieusement construits autour de lignes fondamentales et calculés en fonction de chiffres clé. La perspective d'architecture est soignée et les croisillons métalliques d'une poutre de pont ou d'un parapet sont puissamment dessinés. Son rattachement au mouvement impressionniste s'explique davantage par ses relations avec ces peintres que par son style.

Pierre-Yves Landouer, mars 1998, Musée d'Orsay