Les Sumériens

L'époque sumérienne s'étend de - 3500 à - 2300, date à la quelle Sargon (d'origine sémite) organise, autour d'Akkad, le premier État unifié (non encore identifié sur le terrain).
Situation géographique :
La région sumérienne est la partie méridionale, vaste comme la Belgique, de la Mésopotamie.
La "Mésopotamie" est le nom donné par les Grecs à la "région comprise entre les fleuves" (le Tigre et l'Euphrate). Le Tigre est plus calme, plus fertilisant et d'un débit moindre que l'Euphrate, qui, lui, sort avec beaucoup de violence des montagnes. Longs de 1950 km et 2850 km respectivement, ils charrient, comme le Nil, des alluvions qu'ils déversent dans la plaine, lors des crues de printemps (avril pour le Tigre, mai pour l'Euphrate). Mais ces crues arrivent trop tard pour les semences (de l'automne) et souvent trop près de la récolte qui risque l'anéantissement. Comme les pluies sont insuffisantes, le reste de l'année (moins de 200 mm alors que l'agriculture exige au moins 250 mm d'eau), il faut irriguer. L'oasis, irriguée par les fleuves et les canaux, n'est qu'une plaine d'argile (on dit que les morts "se transforment en argile") et de roseaux (avec les quels les premiers hommes, et notamment le légendaire Noé, fabriquent maisons et embarcations). Elle contient quelques coulées de bitume (avec le quel on calfate les embarcations) et un peu de calcaire. La pauvreté en ressources poussera ses habitants à voyager vers la périphérie :
            - à l'Est s'élèvent les Monts de Zagros, plissement de la plaque iranienne ;
            - à l'Ouest, s'étend le désert arabique, totalement aride et inhospitalier.
A cette époque, le Golfe remonte jusqu'aux villes d'Ur, Larsa, Eridu, 200 km plus au Nord qu'actuellement (et 2 m plus haut). De - 16000 à - 4000, la fonte des glaciers a entraîné la remontée du niveau de la mer, et, vers la fin de cette période, de - 6000 (époque des premiers habitants, époque dite d'Obeid, du nom d'un site à 6 km à l'Ouest d'Ur) à - 4000, le niveau est remonté de 22 m inondations et, sans doute, le DELUGE.

Origine :
L'origine des Sumériens est inconnue (peuple venu des hauts plateaux d'Iran ?). L'Épopée de Gilgamesh en fournit une, liée au mythe du Déluge :
Les dieux étaient mécontents des hommes, devenus trop nombreux et trop bruyants (leur agitation les empêchait de dormir). Aussi, ils déclenchèrent le Déluge, non sans avoir prévenu Uta-Napisti, le fils du roi de Shuruppak. Celui-ci fit une embarcation de 60 m de coté, avec des roseaux qu'il calfata, la couvrit d'un toit et embarqua des spécimens de tous les animaux. Il échoua sur le sommet le plus haut et attendit le reflux de l'inondation pour installer son peuple : les Sumériens.
Tout au long du 3ème millénaire, des Sémites ne cessent d'affluer du désert syro-arabe (au N-O), attirés par la fertile plaine des Sumériens. Ils se mêlent pacifiquement aux autochtones, jusqu'à les dominer (Sargon), et ils généralisent leur langue, l'akkadien (cf. p. 5).

Relations de voisinage :
- Entre les Cités-États, les relations sont souvent conflictuelles, comme l'attestent les querelles fréquentes entre Lagash et Umma, deux villes distantes de 25 km. Ce ne sont que vols de troupeaux, déplacements de bornes (kudurrus) ou revendication d'un canal d'irrigation. Vers 3300 av. J.-C., c'est Uruk qui domine la région, et de 2550 à 2300, Lagash (plus au Nord) semble prendre le relais et signe avec Uruk un pacte de fraternité (Uruk paie un tribut en échange de sa protection). Les Sumériens sont ainsi les inventeurs du système féodal.
- Avec les peuples des montagnes (Élamites d'Iran), les relations sont souvent mauvaises, sans doute en raison d'une différence de mentalité : ceux-ci sont restés nomades, tandis que les Sumériens sont des peuples de la terre. Ces relations sont pourtant nécessaires pour l'approvisionnement en biens qui font défaut aux Sumériens (bois de construction, minéraux,..). On peut imaginer que, si le commerce pacifique n'est pas possible, les Sumériens mènent des incursions offensives et des razzias. En - 2680, l'Élam attaque Kish, et en - 2500 il bat Lagash. L'Épopée de Gilgamesh raconte l'expédition (au Liban ?) pour chercher du bois de cèdre, arbre de luxe par excellence, parce qu'il est solide, de grande taille, de belle veinure et parfumé. On le réserve aux édifices officiels les plus riches, palais et temples.
- Avec les peuples du Sud (Bahrein), les Sumériens ont des relations commerciales normales (achat de bois et de cuivre).
- Ils ignorent l'Égypte, mais ont aussi des échanges avec les Syriens (on a retrouvé des poteries et des textes qui en témoignent).

Urbanisme-Habitat :
Les "Cités-États" sont établies le long des fleuves (dont le cours s'est déplacé depuis lors), sur des hauteurs ("tell")( ), à l'abri des inondations. Autour, gravitent les villages, comme autour de nos châteaux forts du Moyen-Age.
Les Sumériens érigent des fortifications (en brique crue), qui prouvent une menace permanente (les premières fortifications connues sont de - 2700, à Habuba Kebira, en Syrie orientale, qui émane de la culture mésopotamienne). Les briques, faites en série, témoignent d'une organisation des tâches. Les briques sont à face convexe, pour être disposées de champ ou à l'oblique, ce qui n'exige pas la même finition que pour les briques posées à plat.
Ils élèvent aussi les premiers Palais et temples (naissance de l'architecture). A la fin du 3è millénaire, Ur, Uruk et Eridu sont dotées de ziggourats, temples pyramidaux.
Rues, ruelles et impasses desservent des quartiers bien hiérarchisés. Les plans dressés sur les sites de fouilles ne dégagent pas un urbanisme organisé. Ce ne sont que ramifications aléatoires et compliquées.

Chef de Cité :   Les historiens le désignent comme "roi-prêtre". Il est attesté par des statues, en attitude de prière, et des sceaux qui le montrent (et le nomment) faisant des offrandes aux dieux. Il est vêtu du typique "kaunakès", robe épaisse de laine, et coiffé d'un bonnet de laine (cf. statue de Goudéa, Prince de Lagash, au Musée du Louvre).

Société :           très hiérarchisée, avec les prêtres, les scribes, les commerçants, les artisans, les agriculteurs et les soldats d'une armée de métier (voir ci-dessous).

Religion :          Aucun texte liturgique ne nous est parvenu. Les seules sources d'information sont les sceaux cylindres, qui représentent des combats mythiques opposant des héros à tête de lion (ou aux cheveux longs comme des crinières) à des monstres, taureaux à tête d'homme ou aigles à tête de lion. Les premiers textes datent d'Akkad (récit de Gilgamesh, qui pourtant vécut, comme 5è roi d'Uruk, vers - 2600). Il y est question du dieu Enlil, souverain des dieux, du dieu An (ou Anu, en akkadien), dieu du Ciel, fondateur de la dynastie d'Uruk, et de sa parèdre Inana (ou Ishtar, en akkadien), du dieu Nergal de l'Enfer, d'Adad, dieu de la pluie (qui déclenche le Déluge) et d'Enki/Ea, dieu le plus intelligent (il invente le calcul avec un système sexagésimal).
Armée :            Les Sumériens ont sans doute inventé l'armée de métier. Jusque là, la population se défendait elle-même. Cette armée est de faible importance. A coté des chars de combat (attelés à des quadriges de chevaux, de boeufs ou d'onagres), les fantassins sont armés de lances (pas d'arcs ni de flèches qui sont réservés aux combats avec les bêtes sauvages) et protégés par des boucliers. Le char est monté par un combattant armé de lances et un conducteur. Les chars sont peu manoeuvrants (pas d'essieu directionnel). Pour attaquer les fortifications, on invente le bélier.

Agriculture :     blé et orge.
Le sol aride est irrigué. Tout un réseau de bassins de retenue et de canaux a été créé et entretenu. Ceci n'est possible qu'avec une bonne organisation sociale. Le réseau hydraulique assure :
            - le stockage,
            - le transport et la distribution de l'eau (avec des machines élévatrices du type des "chadoufs" actuels),
            - le drainage du surplus d'eau.
Le drainage est indispensable à cause de l'évaporation intense, qui laisse déposer les sels minéraux provenant de l'érosion des roches sédimentaires des montagnes (Chlorures de Calcium, Sulfates et Chlorures de Sodium et de Magnésium). L'évaporation fait, en plus, remonter la nappe phréatique, elle-même chargée de sels marins près des côtes. Pour éviter l'appauvrissement des sols, on adopte la jachère biennale : l'herbe apporte le complément azoté.
Les instruments sont :
            - la houe, pour entretenir les canaux
            - l'araire tractée par des boeufs, pour remuer le sol, semer, et recouvrir les semences.
L'agriculture trop intensive et la salinisation des sols auraient provoqué la baisse des rendements (le blé décroît au profit de l'orge, dès - 2400, et disparaît vers - 1700)  éclipse des Sumériens, vers - 2300, et remontée des peuples vers le Nord.

Ecriture :
Les Sumériens créent la comptabilité (nécessaire au suivi des récoltes et aux échanges de marchandises). Pour sceller une transaction, on enferme des graines ou des gravillons appelés "calculis" qui représentent les marchandises comptabilisées, dans des boules d'argile (qu'on laisse sécher), puis on prend l'habitude de reporter des encoches sur la boule. Ainsi naît l'écriture, qu'on applique aussi sur des tablettes d'argile. Cette apparition correspond à la naissance des premières Cités-États (à dire vrai, on a fouillé que des vestiges de ces Cités, où on a trouvé des tablettes qu'on a pu dater, mais y-a t il des tablettes dans des vestiges de villages plus anciens ?).
L'écriture des chiffres évolue vers la représentation des objets (par ex. une tête de boeuf, pour représenter l'animal). Du pictogramme, le signe se transforme en idéogramme, qui peut signifier une action ou une idée (par ex., l'action de boire, d'où l'idée de la soif). Il n'y a pas encore de correspondance entre le signe et le son. Du symbole, dérive ensuite une valeur syllabique. On ne garde du signe que sa signification phonique.
Les idéogrammes se simplifient jusqu'à former l'écriture cunéiforme (réalisée à l'aide d'une pointe, qui forme des encoches ressemblant à des clous).  Le textes retrouvés traitent le plus souvent les actes de la vie quotidienne (vente, mariage, traité de paix, inauguration, couronnement d'un roi, dévotion aux dieux).

Langue :           Le sumérien.
Son origine est inconnue. Il est mono syllabique  : le mot de base (idéogramme) est complété par un ou des affixes invariables qui précisent le concept (religieux, géographique,..) et des signes phonétiques, qui expriment les rapports grammaticaux. La langue s'appauvrit progressivement (1000 signes différents vers - 3000 et 300 vers - 2400), jusqu'à être supplantée, vers - 2300, par l'akkadien, langue sémitique, proche de l'hébreu, du phénicien et de l'arabe, mais très différente du sumérien. Cet abandon de la langue originelle (du moins, abandon par le peuple, car le sumérien reste longtemps la langue des prêtres et des diplomates, un peu comme le latin au Moyen-Age) est le résultat d'une lente infiltration pacifique des Sémites prise de pouvoir du sémite Sargon.
Le sumérien est déchiffré vers 1869 (l'égyptien, en 1822), à partir de tablettes trouvées en dehors de la région sumérienne (celle-ci est fouillée plus tard, à partir de 1877 !).

Métallurgie :     dès - 3000, travail du Cuivre.
Matériaux : alliages à base de cuivre et de plomb, aux quels on ajoute des désoxydants (étain et arsenic), qui rendent l'alliage plus liquide (le bronze est l'alliage 5/6 Cu - 1/6 Et). On importe d'Afghanistan l'étain (ainsi que l'or et les pierres de lapis lazulis) et d'Elam le cuivre.
Techniques : du moulage monovalve (la matrice est en creux d'un seul côté), on passe, vers         - 4000, au moulage bivalve (la matrice est double, composée de deux blocs sculptés en creux).

Orfèvrerie :
Cet art témoigne de l'existence d'une classe aisée, et raffinée (on les a retrouvés dans des tombes de dignitaires). Il montre aussi le haut niveau de technicité atteint. Ainsi la technique de la filigrane et de la granulation de l'or était connue. On en déduit aussi l'existence de courants d'échange entre pays producteurs de matière première et pays d'artisans. L'or venait sans doute de Turquie, les perles de la vallée de l'Indus, la stéatite (pierre verdâtre facile à travailler) des côtes d'Arabie et l'albâtre de d'Iran (Shahr-i-Sukhta). On a retrouvé à Ebla un stock de 20 kg de lapis lazulis, sans qu'il y ait la moindre trace d'un atelier de polissage ce stock était en transit. De même, les vases en stéatite existent dans toute cette région, Mésopotamie, Vallée de l'Indus (Mohenjo Daro), Syrie, Bahrein, Dhahran et Iran.
Le tournant du 2 è millénaire

En Palestine :

2160 av. J.-C. : naissance d'Abraham. Il détruit Sodome et Gomorrhe.

Les Hébreux sont des pasteurs, des marchands itinérants ou des mercenaires à la solde des Babyloniens et des Assyriens. Ils n'ont pas de territoire fixe.
1900 : les Hébreux s'installent en Égypte où règnent les Hyksos.

 

Dans la vallée du Tigre et de l'Euphrate :

2300 av. J.C. : Sargon écrase le roi d'Umma, et fonde la dynastie d'Agadé (au Nord de Babylone). Il attaque la ville d'Ebla (Syrie).
2218 : fin de la dynastie (3ème génération).
2112 : Urnammu fonde la 3ème dynastie d'Ur
(2004).
Les princes d'Assur sont les vassaux d'Ur, mais ils profitent de l'affaiblissement d'Ur pour mettre sous leur domination les comptoirs.
Fondation de Babylone ( ) (vallée du Tigre).
2000 : renaissance d'Ebla et d'Alep. Organisation de l'Etat avec des "préfets" ou "shabras".
1728-1686 : Hammurabi, de souche amorrite, 6è roi de Babylone.
1600 : invasions du Mitanni et destruction d'Ebla et Alep.
La civilisation syrienne survit à Ugarit, au Nord de la Phénicie, sous la domination hittite (voir § VI).

A la fin du 3ème millénaire, un peuple apparaît sur l'échiquier : les Amorrites, originaires du Nord-Ouest, alliés aux Elamites du Nord-Est. A cette époque, il semble qu'une crise grave frappait les villes du plateau iranien ainsi que les villes de l'Indus. Les Amorrites apportent du sang neuf, pour relancer la croissance. Vers - 2000, Ur est détruite. Le régime des Cités-États disparaît au profit d'un nouveau royaume organisé autour de Babylone (plus au Nord), dont se détachera l'Assyrie (encore plus au Nord), tantôt alliée, souvent rivale.