Musée de la carte à jouer, Issy-les-Moulinaux

Le Musée a été fondé en 1997 mais l'idée remonte aux années 30. Un monsieur Louis Chardonneret demanda à être accueilli à l'hospice d'Issy-les-Moulineaux. Mais il n'était pas né à Issy et le règlement exigeait  qu'il soit natif de la ville pour bénéficier de l'hospice. Il obtint néanmoins d'y être accueilli en échange de sa collection de cartes à jouer. C'est à partir de cette collection que le Musée a été créé, qu'il compléta par des achats pour atteindre plus de 5.000 jeux exposés. Il existe 7 musées de la carte à jouer au monde, le plus ancien datant de 1891 est aux EU, les autres sont en Allemagne (2 musées), Belgique, Espagne et  Japon. Le lieu du Musée est proche de l'ancien château des Conti, détruit dans les années. Cette association n'est pas un hasard car la noblesse appréciait les jeux de cartes.

Les origines de la carte :
On établit l'origine des jeux de société en Chine, et vers le 7ème siècle, bien que qu'aucune trace n'ait été trouvée t il ne s'agissait pas de jeu de carte mais de jeu à base de jeton. Les jeux de carte actuels sont nés en Italie et ce sont les troupes de François  Ier, guerroyant chez les Latins, qui les ramenèrent en France, donc à la fin du 15ème siècle. Le jeu italien n'a pas la dame comme figure et c'est le jeu français qui l'introduit, aux côtés du roi et du valet. Les index sont au nombre de 4 : en Italie, le bâton, le denier, la coupe, l'épée, aux quels correspondent en Allemagne le gland, le grelot, la fleur et le cœur et le trèfle, carreau, pique et cœur en France. On associe le bâton et le trèfle à la paysannerie, le denier et le carreau à la bourgeoisie, l'épée et le pique à l'armée, la coupe e le cœur à la religion, pour faire apparaître que les jeux représentent la société.
Les Rois sont des portraits de rois ou de personnages historiques ou religieux qui dépendant de la région de fabrication. Les régions sont Paris, Rouen, Lyon, Marseille. À Paris, les rois sont : Charles (pour Charlemagne), Alexandre, David et César. Les valets sont Hector et Judas Maccabée, qui sera remplacé par Lancelot en 1701. Les représentations de Paris vont se généraliser.  La figure est entière "en pied", donc visible d'un seul sens. Il faut attendre 1827 pour qu'apparaisse la carte à double figure, visible dans les deux sens.
À la Révolution, les rois et autres figures religieuses sont d'abord épurées de tout signe ostentatoire (couronne, épée), remplacés par des signes du temps (bonnet phrygien) puis carrément bannis et remplacés par des allégories révolutionnaires ou  des hommes influents (on voit apparaître JJ Rousseau). Cela ne dure qu'un an, l'année de la Terreur (septembre 1793-septembre 1794), car sous le manteau, on continue de s'échanger les jeux traditionnels.
Les cartes sont fabriquées avec plusieurs couches de papier : 6 couches pour les rendre bien rigides, et par la suite, 3 seulement. Les bords ne sont pas arrondis car on découpe une planche sur la quelle sont imprimées les 4 figures des 4 couleurs. Les coins arrondis apparaissent bien plus tard, en 1858, introduits par Baptiste-Paul Grimaud, pour éviter qu'ils ne s'effritent. Les figures sont imprimées à la gravure sur bois, et plus tard à la gravure sur cuivre, qui autorise des dessins plus raffinés. Les couleurs sont appliquées à la main, au pochoir. On utilise des couleurs simples, le bleu, le rouge, le jaune. On attribue des symboles à  ces couleurs, un peu comme dans l'art des vitraux ou des images d'Épinal : le bleu est la couleur de Marie, le rouge du sang et de la passion du Christ, le jaune de l'or et de la richesse. En fin de fabrication, les cartes sont savonnées pour les rendre glissantes.
Le papier est rare et cher à cette époque, aussi les cartes mal façonnées ou usagées ne sont pas jetées : on les recycle par exemple pour renforcer la couverture de reliures. C'est ainsi qu'ont été retrouvées de jeux anciens. On utilise le dos des cartes, qui est blanc, pour écrire, par exemple un mot doux à sa dulcinée, un message de rendez-vous, ou même une valeur fiduciaire. Les cartes ont parfois servi de papier monnaie. On trouve un autre usage original, comme jeu pour apprendre à lire aux enfants : le dos est écrit de mots simples, que l'enfant assemble pour faire de phrases courtes.
L'église déconseille les jeux et tout ce qui encourage l'oisiveté : son attitude à l'égard des jeux de cartes est ambiguë. Plutôt que de les interdire, l'église décide de les taxer. Le royaume reprend cette idée. Le valet de trèfle est taxé et le timbre de taxe apparaît sur cette carte.
Pour marquer la taxe, Louis XIV impose en 1701 le filigrane de fleur de lys pour la première feuille imprimée. Napoléon simplifie la perception de la taxe en imposant que la première feuille soit imprimée à l'Imprimerie impériale et vendue, taxée, aux maîtres-cartiers. La taxe perdure jusqu'en 1945.
Le jeu de tarot comprend davantage de cartes, du fait des 21 atouts : ceux-ci sont très décorés, et représentent des vertus ou des allégories. À partir de 1750, les atouts sont profanes. On parle du tarot de Marseille, car c'est dans cette ville qu'il est fabriqué. Court de Gébelin croit reconnaître dans les cartes de tarot des hiéroglyphes (popularisés par Champollion) et il institue les prémices de la cartomancie, ou l'art de dire la bonne aventure en tirant les cartes.
Mais la plus célèbre initiatrice de cartomancie est Mademoiselle de Normand, qui habitait place de l'Odéon au début du 18ème siècle et recevait tous les grands personnages de l'époque, Robespierre, Hébert, Joséphine.

Pierre-Yves Landouer