Paris : cimetière du Père-Lachaise, Paris

Cette visite était organisée dans le cadre des Journées des Jardins. Aussi, est-elle orientée sur la botanique.

A la fin du XVIIIe siècle, les quelques 200 cimetières de quartier sont supprimés pour des raisons de salubrité publique. Trois cimetières sont fondés pour les remplacer, dont, en 1804, le cimetière de l'Est (renommé plus tard cimetière du Père-Lachaise). Alexandre Brongniart, l'architecte de la Bourse, est chargé des dessins. Il conçoit le cimetière comme un jardin : les tombes sont égayées par des fleurs, et ombragées par des arbres en pot que l'on rentre à l'abri pour l'hiver. Ce sont les "architectes de jardins" (comme Bélanger à Bagatelle) qui dessinent des jardins, quand ce ne sont pas des jardiniers ou "jardineurs", comme Le Nôtre. Le terme "paysagiste" n'est pas employé. En ce début du XIXe siècle, la mode est aux jardins anglais : des jardins irréguliers, d'apparence sauvage. Il faut distinguer les jardins "paysagers", qui recomposent un paysage de campagne, les "victoriens", les "cottage" et l'anglo-chinois, inspiré des jardins chinois. Vers 1760, un voyageur, Chambers, ramène en Angleterre des idées de rivières, d'enrochements, de cascades, de ponts en bois, et de pagodes (penser à Kew Gardens). Le romantisme et la mode antiquisante vont rajouter d'autres surprises : des pyramides, des ruines, des cénotaphes (désert de Retz, parc Monceau, jardin des Buttes-Chaumont).
oscar wildeBrongniart intègre les grands arbres existants, car le terrain de 17 ha était un jardin. Au Moyen-Age, la propriété est aux mains d'un ménestrel du roi, qui la revend à l'évêque de Paris. Des vignes sont plantées, sur les pentes exposées au Sud, et donnent au terrain le nom "champ-l'évêque". Au XIVe siècle, un commerçant en épices, un certain Regnault, y établit une "folie". Une folie (de folia, "feuilles") n'est autre qu'un abri perdu dans la nature, avant de devenir un chalet, voire un manoir excentrique. Le terrain change plusieurs fois de propriétaires, jusqu'à une riche dame L'Huilier, bienfaitrice des Jésuites, aux quels elle offre le domaine, en 1626. Les Jésuites de la maison professe de Saint-Louis, en font une maison de retraite, qu'ils renomment Mont-Louis. Le Père de la Chaise, confesseur de Lois XIV, y vient souvent et contribue à la réfection des bâtiments en 1682. Le Mont-Louis devient un petit Versailles, qui attire le Tout-Paris. Le confesseur se distingua autant par son esprit que par son amour des femmes.  Les Jésuites revendent le domaine en 1763, pour éponger des dettes !
Le romantisme et la mort font bon ménage : le cimetière est typiquement un lieu de rêverie et de mélancolie : l'arbre de prédilection, le saule chanté par Musset, complète les arbres symboliques usuels, comme l'if, le houx, le buis, qui ont pour caractéristique leur longévité et leur feuillage persistant. L'if vit 2000 ans, et aspire à l'éternité. Le saule au contraire est peu résistant. Alfred de Musset demanda qu'on plante un saule à sa tombe, mais le sol, d'argile verte, interdit la croissance des racines. L'arbre que nous voyons est chétif, et ses feuilles recroquevillées. Il faut le changer tous les 4 ans.
Un cimetière est le paradis des plantes résistantes, qui se contentent de décombres et de peu d'arrosage :

  • linéaire cymbalaire (car sa feuille est en forme de cymbale).
  • la ruine de Rome tire son nom de son habitat de prédilection. A la nouaison (fruit mûr), le pédoncule s'incline pour laisser tomber le fruit.
  • les chrysanthèmes fleurissent en octobre, quand la durée du jour décline rapidement. Il devient la fleur funéraire vers 1820. Les notables sont sollicités pour inaugurer les expositions de chrysanthèmes, d'où l'expression "inaugurer les chrysanthèmes".

Les tombes portent des symboles funéraires tirés de la botanique : le pavot (tombe de la famille Haussmann) est l'attribut de Morphée, car il fait dormir. Le lys blanc est dédié à une jeune fille. L'œillet symbolise la passion, bien avant la rose. On en fleurit la tombe de Chopin, aux couleurs de la Pologne (rouge et blanc).

 

Les arbustes :

  • le fusain, ou evonimus, d'evonime, "furie". Le fruit est de forme carrée, surnommé "bonnet d'évêque". Ses rameaux carbonisés sont des crayons à dessin.
  • le lierre est supposé dissiper les effets de l'alcool. C'est pourquoi, les Latins en firent un attribut de Bacchus. On en plantait à l'entrée des tavernes.

Les arbres sont très nombreux (120/ha) :

  • le cimetière contient des platanes et des érables en grand nombre. On distingue facilement l'érable plane du platane car la feuille d'érable plane a des pointes appelées mucrons. L'érable sycomore a une écorce qui part en plaques.
  • le houx repousse les animaux avec ses feuilles pointues.
  • l'if (ilex baccata) est toxique, non pas le fruit (l'aryle), mais le feuillage et l'écorce. Autrefois, on éloignait les chevaux, pour qu'ils ne s'intoxiquent pas.
  • le buis pousse très lentement. Son tronc fait 5 cm de diamètre au bout de 60 ans ! Ses rameaux sont utilisés à la fête des rameaux (en remplacement des palmes).
  • l'if, le buis, le hêtre et le charme supportent la taille.
  • le marronnier d'Inde ne vient pas d'Inde, contrairement à ce que laisse entendre son nom. Il a simplement été ramené par des navires de la compagnie des Indes, comme le rosier du Bengale (ramené de Chine), l'oeillet d'Inde (qui pousse au Mexique), ou le lilas des Indes (lui aussi originaire de Chine). Le marronnier d'Inde vient d'Asie mineure.
  • le sophora a des lenticelles sur les rameux, pour la respiration. Les rameaux restent verts 3 ans.
  • le laurier couronnait les "lauréats", non pas avec des feuilles, mais avec des baies (bacca laurea).
  • le frêne produisait une boisson rafraîchissante, la frénette, addition de levure et de fleur fraîche.
  • l'acacia est un des symboles des francs-maçons (tombe de Laprade, architecte du Musée d'Océanie).
  • le tronc de l'aulne saigne quand on le fend.
  • l'orme était apprécié pour son ombre légère. Il semble sauvé de la graphiose, car on a trouvé une variété résistante.
  • l'ailante a une caractéristique désagréable : ses feuilles froissées dégagent une odeur pestilentielle.

Petit cours de botanique : Le tronc comprend le liber, à la périphérie. C'est une zone mince, qui se régénère chaque année, et fait grossir le tronc d'arbre. Le liber véhicule la sève élaborée par les feuilles (photosynthèse). Le cœur du tronc est l'obier, par où monte la sève brute (eau, sels minéraux). Le liber est fragile et vivant. Le cœur est dur et mort. Un arbre survit avec un cœur en décomposition, du moment qu'il reste assez de place pour véhiculer la sève à la périphérie.
Le pollen pénètre par le style et s'enfonce jusqu'à l'ovaire, où il rencontre et féconde l'ovule. Tout ce travail sert à la reproduction. Le fruit n'est qu'une enveloppe qui protège la graine.

Qui est enterré au Père-Lachaise ?

Il faut remplir l'une ou l'autre condition, être parisien, ou célèbre. Egalement, les morts d'accident sur le territoire parisien sont admis. Une concession de 2 m² se négocie entre 30.000 F et 50.000 F suivant la situation. Elle est éternelle, à condition que les descendants l'entretiennent. Sinon, au bout de 50 ans, la concession est reprise. Il y a 70.000 concessions. On compte 1 millions de morts.

 

Pierre-Yves Landouer, le 12 septembre 1999