Paris : le quartier de la rue Montmartre

Le quartier est urbanisé d'un seul coup après la Révolution française : les couvents qui occupent le terrain sont revendus (comme "biens nationaux") à des promoteurs et spéculateurs de tout poil. On retrouve le nom des couvents dans les noms de rues : rue de la Victoire (Notre-Dame de la Victoire), rue des filles Saint-Thomas. La rue Saint-Joseph tire son nom du cimetière Saint-Joseph. Molière y fut enterré. Au numéro 17, noter une maison de l'époque Directoire et pénétrer dans la cour où les soubassements des fenêtres sont ornés de petits mascarons de style égyptien.

Au niveau du 142 rue Montmartre : immeuble du journal "La France". Le premier journal "La Presse" est fondé par Emile Girardin en 1836. C'est un précurseur qui a l'idée, désormais actuelle, de faire appel aux "réclames" pour financer le journal. Celui-ci est vendu en kiosque, dans la rue, et non pas par abonnement comme c'est la tradition. Il crée une rubrique "revue de presse", un éditorial, et fait appel à des écrivains pour alimenter des feuilletons. Alexandre Dumas y publie par petits morceaux  "Les trois mousquetaires". Il contribue aussi à des critiques de livres. L'immeuble que l'on a sous les yeux, avec ses cariatides qui supportent le balcon date de 1885. Il faut se mettre à l'angle de rue et lever les yeux pour remarquer, tout en haut, une muse, sur fond de papier journal légèrement écorné. Elle tient une énorme pièce de 10 centimes, car c'était le prix, très bas pour l'époque, de vente du journal.

Rue du croissant : l'Imprimerie de la Presse était le complément, sur place, des journaux. L'immeuble occupe un ancien hôtel particulier, construit par le baron de David en 1776, Gouverneur de l'île Bourbon. A partir de 1830, la politique s'assouplit pour la presse qui fleurit, dans ce quartier spécifiquement. On trouve l'Intransigeant, l'Illustration, l'Humanité, le Figaro, par exemple.
Le quartier est un des plus peuplés de Paris :
- on compte 83.000 habitants en 1860,
- 60.000 habitants en 1910,
- 40.000 habitants en 1960,
- 21.000 habitants en 1982.

Jean Jaurès est assassiné le 31 juillet 1917 au café du Croissant, à l'angle de la rue du Croissant et de la rue Montmartre. Il sortait de l'Humanité où il avait préparé un article hostile à la guerre imminente. Tous les journalistes voisins et le personnel sortent des bureaux pour assister à l'événement. On cherche un médecin, on en trouve un mais il refuse d'assister l'homme politique à cause de ses convictions ; finalement un pharmacien vient à ses côtés mais sa mort est proche.
Au 149 rue Montmartre, se trouvait la porte du même nom, qui marquait l'entrée de la ville. La première enceinte de 1214 s'arrêtait à l'emplacement de l'Oratoire (rue de Rivoli). La seconde, construite par Charles V, date de 1356. Enfin, en 1670, sous Louis XIV, l'enceinte est repoussée jusqu'aux boulevards. Entre le 149 rue Montmartre et les boulevards actuels, s'étend une zone de rempart, fossé et contrescarpe.

Le passage des Panoramas : il date de 1800. C'est le premier de ce qui deviendra une mode, jusqu'à l'apparition des grands magasins, qui remplacent la fonction des passages. On y trouve tous les commerces à l'abri de la pluie, du soleil et des véhicules. Les commerces sont au rez-de-chaussée et le logement au-dessus. A cet emplacement il y avait le domaine du Maréchal de Luxembourg. Le nom "panoramas" vient d'un établissement fondé par un Américain, Robert Fulton, qui expose des panoramas de sites touristiques. Les tableaux sont d'un peintre anglais. Deux tours de 14 m de haut contiennent les œuvres. Robert Fulton est venu en Europe avec l'idée de commercialiser un brevet de sous-marin et de torpilles. A défaut de bataille navale, il se rabat sur les panoramas.

Le théâtre des Variétés est créé par Mademoiselle de Montpensier : amie et favorite du roi, elle joue à Versailles. Elle tombe quelque peu en disgrâce à la Révolution. Barras lui sauve la tête en en faisant sa maîtresse. Elle vit au Palais-Royal non loin du théâtre où elle joue. En 1807, elle est exclue de la Comédie française par ses collègues et décide alors de créer le théâtre qui deviendra "des Variétés".
Les 2 passages d'en face  sont de 1834 (Jouffroy) et 1841 (Verdeau).
Enfin, en revenant sur le boulevard, on passe devant la cité Bergère : à l'origine, Madame de Boulenois, veuve d'un Maréchal, construit son hôtel particulier en 1810.  C'est le n°6 actuel. Tout le long de la cité, ce ne sont que des hôtels. Au n°3, vécurent Heinrich Heine et Chopin.

Pierre-Yves Landouer, juin 2002