Paris : les canaux

Exposition à la Mairie du Xè arrondissement

L'exposition retrace la vie du quartier des canaux depuis le mur de Charles V :
Quand le roi Charles V quitte l'île de la Cité pour installer la Cour sur la rive droite de la Seine, cette rive est peu habitée parce que la Seine a l'habitude de divaguer et de déborder. D'ailleurs cette zone est marécageuse et donnera son nom au quartier (le "Marais"). En cas de crue, la Seine occupe un ancien bras qui part de l'actuel bassin de l'Arsenal et englobe les actuels 4 premiers arrondissements (ce bras passe sous l'Opéra). Le mur de Charles V utilise la déclivité de cet ancien bras.
Le quartier au Nord (actuel quartier de la Villette) est inoccupé jusqu'au XVIè siècle. Les Ordres religieux, qui fleurissent à l'époque de la Contre-Réforme, y trouvent une terre propice à leur installation :
- en 1607, Henri IV fait construire l'hôpital Saint-Louis, comme extension de l'Hôtel-Dieu (qui date du XIIè siècle), qui est encombré de malades. A Saint-Louis, on soigne les lépreux, pour des raisons d'isolement.
- 1610-20 : les réformés de l'Ordre de Saint-François créent l'Ordre et le couvent des Récollets, qui deviendra Hospice des Incurables en 1794, quand la Révolution aura dissous les congrégations religieuses.
Dès 1611, un projet de canal est apparu (ingénieur Cosnier). Ce projet consiste à canaliser l'ancien bras de la Seine, pour y déverser les crues. La France a déjà canalisé la Briare et le canal du Midi.

Il faut résoudre deux problèmes :
- assainir la zone qui est humide, en contrebas des collines (de Belleville et de Mont Marte) ;
- canaliser les crues qui ravagent les berges de la Seine fréquemment.

Deux nouveaux projets sont élaborés : en 1667 (Villedo) et en 1786 (Brûlée).
A la fin du XVIIIè siècle, les Physiocrates veulent promouvoir l'agriculture au détriment de l'industrie. Pour cela il faut transporter les produits agricoles et les canaux sont la meilleure solution. Ils proposent de capter l'Ourcq (affluent de la Marne qu'elle rejoint à Lisy, à l'amont de Meaux).

En 1802, Napoléon fait réaliser ce projet (Ingénieur Pierre-Simon Girard, de la Ville de Paris).
Plusieurs tranches sont exécutées :
canal- de 1802 à 1808, sous maîtrise d'ouvrage de l'Etat, les canaux de l'Ourcq et de Saint-Denis (au Nord de Paris) sont creusés jusqu'à l'entrée de la Villette.
- après 1818, on fait appel aux capitaux privés pour terminer l'ouvrage : la Compagnie des canaux de Paris construit le canal et le port fluvial de la Villette (1818-21). Les barges peuvent enfin alimenter Paris, par le Nord.
- 1822-25 : La Compagnie du Canal de Saint-Martin réalise les travaux pour rejoindre la Seine (5 ans de travaux). Il faut 14 écluses (7 sont supprimées en 1876, quand la Ville récupère l'ouvrage).
Les abords du canal s'aménagent : hangars, marché aux bestiaux, abattoirs.
- 1843 : premiers "magasins" de stockage de céréales, au port de la Villette. Ils sont incendiés en 1870 et reconstruits en 1884. D'autres magasins sont édifiés, quai des Flandres (pour le sucre, en 1858) et quai de Crimée. Un pont levant relie les deux rives en 1886.
L'urbanisme rattrape ce quartier après 1848 :
- Juin 1848 : les émeutiers se retranchent d'un côté du canal. Les forces de l'ordre ne peuvent franchir le pont trop étroit.
- 1860-62 : Haussmann tire la conclusion des évènements de 1848. Il décide la couverture partielle du canal  Boulevard Richard-Lenoir (manufacturier de textiles). Cette couverture est poursuivie en 1906 (en béton armé)  Boulevard Jules-Ferry.
En 1860, la carte de Paris est revue : les communes périphériques sont incorporées, et notamment les communes de la Villette, de la Chapelle et de Belleville. Pour la perception des taxes (il n'y a pas de TVA, mais des taxes sur les produits importés), on construit des Barrières, dont celle de la Villette et celle de Pantin.

Pierre-Yves Landouer, Octobre 1994