Paris : Musée de la Monnaie

D'abord, au Moyen-Age, période qui nous intéresse, une kyrielle d'états, de duchés, de comtés frappe sa propre monnaie. Pour les échanges transfrontaliers, il y a des monnaies internationales, un peu comme le dollar US de nos jours.
La pistole est la monnaie la plus répandue, dans les ports de commerce. C'est la monnaie de l'Empire des Habsbourgs. On utilise les subdivisions 1/3,1/12,1/36,1/72 de pistole. Notons que le chiffre 12 est plus intéressant que la chiffe 10 car il se divise par 1, 2, 3, 4,6 et 12, alors que le 10 a moins de diviseurs entiers. Nos voisins britanniques n'ont-ils pas eux aussi adopté ce système, qui a perduré jusqu'en 1971 !

Suivant le territoire, les prix sont affichés dans la monnaie locale : en France (de l'époque), c'est en livre, sou et denier, ce qui suppose de transcrire entre la monnaie utilisée et le prix affiché (comme si on affichait toujours les prix en francs pour ne payer qu'en euros).  Et pour tout arranger, la tarification change souvent : le roi crée de nouvelles monnaies dont le taux varie. D'où les "placards" qui affichent la correspondance entre monnaies dans les boutiques.
La France est un des premiers pays à tenter d'unifier la monnaie sur un vaste territoire.

L'histoire de la France est basée sur la centralisation et l'histoire de sa monnaie également. Charlemagne règne sur un vaste empire qui englobe une partie de l'actuelle Allemagne et de la Belgique. Il crée la Livre carolingienne : elle est subdivisée en 20 sous, et chaque sou est divisé en 12 deniers. La Livre n'est pas matérialisée : on ne frappe pas cette monnaie.

A la mort de Charlemagne, son empire échoit à Louis le Pieux, et à la mort de celui-ci, il est éclaté entre ses trois enfants.
987 est une date importante de l'histoire de France (il y a un peu plus de 1.000 ans) : le roi carolingien est destitué par les Grands du royaume qui élisent le duc de France (de l'Ile-de-France), Hugues Capet. Ainsi naît une nouvelle dynastie qui durera 800 ans. A côté, les duchés de Normandie, de Bourgogne ou de Champagne sont plus riches et plus peuplés, même s'ils doivent allégeance au nouveau roi.
Sans oublier l'Aquitaine, le Poitou et l'Anjou : en 1152, la reine Aliénor est répudiée par Louis VII parce qu'elle ne lui donne pas d'héritier mâle, et elle épouse l'Anglais, Henri II Plantagenêt, lui apportant une belle dote de territoire aquitain et poitevin. La noce est célébrée au Mans, en territoire british. C'est ainsi que l'ennemi héréditaire se répand à côté du territoire français.
Mais le roi de France veille à étendre son pouvoir : Philippe II (Philippe-Auguste) se défend bien à Bouvines (1214), avec l'artillerie et la cavalerie, mais il a une autre arme : économique. Il fait frapper le demi-tournois pour concurrencer le denier esterlin (d'où "sterling"). Il diminue le poids d'argent, ce qui favorise la circulation : on préfère thésauriser l'esterlin, plus gradé et se débarrasser du demi-tournoi.  De ce fait, cette monnaie s'impose comme monnaie fiduciaire (de fidei, confiance).

Louis IX, plus connu comme Saint-Louis, règne en pleine période de croissance. On construit la Sainte-Chapelle, de 1241 à 1248 (la bagatelle de 7000 livres, soit 11.800.000 deniers). La masse monétaire augmente, accompagnant la croissance économique.  On crée le premier écu d'or qui vaut 1/2 livre.  Il faut une monnaie intermédiaire, en argent. On fond les deniers, trois exactement, pour fabriquer un sou  qui vaut 1/12 de denier !  C'est ainsi que se crée la richesse. 
Philippe le Bel fait comme ses prédécesseurs : il fait frapper une pièce de moindre valeur en poids que faciale : la livre pèse l'équivalent de 3/4 de sa valeur faciale. Ceci incite à la faire circuler et à ne pas thésauriser. C'est un calcul intelligent, mais il vaut au roi l'accusation, Oh ! Combien grave, de faux-monnayage.  Son ministre Enguerrand de Marigny est pendu au tristement célèbre gibet de Monfaucon.

En 1328, le dernier fils de Philippe IV le Bel, Charles IV le Bel, meurt sans héritier mâle. L'une des filles, Isabelle de France, a épousé Edouard II d'Angleterre, et donné naissance à un fils, Edouard III, à qui revient la couronne. Les barons du royaume de France n'en veulent pas et ils trafiquent la loi salique pour instituer que, dorénavant la succession au trône ne peut pas passer par la fille.  On impose le cousin germain d'Edouard III : Philippe VI de Valois.  Cette succession est à l'origine de la guerre de … Cent Ans. Le fils du roi, Jean II, le Bon, est battu à Poitiers en 1356. Ce n'est pas faute d'avoir été protégé par son fils qui le prévenait à chaque coup : "père, garde à gauche, père, garde à droite". Le bon roi est fait prisonnier et emmené à Londres. Tout se monnaye, même en ces temps là. Les Anglais fixent la rançon à 3 millions de livres, soit 13 tonnes de bon or. Il a 4 ans pour s'en acquitter. C'est sans compter sur le dauphin, Philippe le Hardi, qui ne se presse pas pour libérer son père. Les Anglais comprennent que leur otage perd de sa valeur si personne n'est prêt à payer le prix de sa libération : ils le libèrent en lui faisant promettre de constituer lui-même le montant de la rançon.
Le 5 décembre 1360, à Compiègne, Jean le Bon, signe l'édit de création d'une nouvelle monnaie, celle qui paiera la franchise du roi : d'où son nom, le franc. Sur une face, le roi est présenté à cheval (image ci-contre), d'où le nom : franc à cheval. On connaît la fin de cette monnaie le 17 février 2002.

Maintenant un petit commentaire sur les techniques de fabrication : on dit que la monnaie est frappée car elle bien obtenue par la frappe, au marteau, d'une pièce de métal, coincée entre deux "coins" (du latin, cuneaus,  d'où "coin" en anglais). Les coins sont des matrices où le relief est en creux. Au XVè siècle, on teste une autre méthode pour les médailles qu consiste à fondre le métal dans la matrice.
En 1550, une innovation issue de l'imprimerie permet de fabriquer les pièces au balancier : on dispose les flans sous les matrices et d'un coup violent de rotation du "balancier," la vis sans fin exerce une pression équivalente à l'impact du marteau. Le balancier remplace 3 monnayeurs. Ceux-ci se rebellent pour ne pas perdre leur emploi et relèguent l'engin à la cave. .. pendant 90 ans. 
On arrive donc en 1640-1641 : le roi Louis XIII fait fabriquer le louis à son nom : et en or, s'il vous plaît. C'est le fameux "louis d'or". Il vaut 1/8 de livre.
Sous un des descendants, Louis XVI, on fera le franc-or, titrant 1/10è de livre. On l'offre aux ambassadeurs, c'est pourquoi il existe des exemplaires en parfait état, qui n'ont jamais circulé.
Finalement, l'histoire de la Monnaie, c'est un historie parallèle de monnaies oubliées, vouées à l'économie et à la circulation, et de belle monnaie titrant son poids d'or ou d'argent, qui dort au fond des bas de laine ou dans les Musées (et au fond des mers ?).

pour approfondir : http://www.monnaiedeparis.fr/

Pierre-Yves Landouer