Rome : le Parione

Le nom dérive du latin paries (parete en italien, soit "paroi, mur") et de l'italien rione, "quartier". 

Le quartier occupe une partie de la boucle du Tibre qui était limitée par un mur, à l'Ouest. De l'époque romaine datent : l'Odéon de Domicien, le théâtre de Pompée et le Stade. Construit de 61 av. J.C. à 55 av. J.C., le théâtre de Pompée était le plus grand de Rome. Il était pourvu d'un important portique derrière la scène.
Au XIè siècle, le quartier est connu comme Parione de S. Lorenzo in Damaso, du nom de l'église construite dans le Palais de la Chancellerie.
Au XIIIè siècle, le pape Sixte IV dote le quartier de voies de pénétration : via Papalis et via Florida (actuelle via Pellegrino), qui facilitent les processions du Vatican vers S. Giovanni in Laterano. Le cortège empruntait les rues del Banco di S. Spirito, des Banchi Nuovi, la place de Pasquino, puis passait par S. Andrea della Valle, et la place Campidoglio.
Aux XVè et XVIè siècles, le quartier s'enrichit de palais construits par les familles nobles, comme le palais du cardinal Condulmer (ou Palais Orsini) et le palais Massimo, élevés sur les ruines du théâtre de Pompée et de l'Odéon de Domicien, respectivement. A côté des aristocrates, se presse une population hétérogène d'artisans et commerçants. Les typographes, imprimeurs et libraires apparaissent aux alentours de Campo dei Fiori et de la place Navona.  Du Palais Massimo partent les courriers de l'Etat pontifical. Il faut ajouter les nombreuses auberges, destinées aux pèlerins.
A la fin du XIXè siècle, l'ouverture du corso Vittorio Emanuele II et du corso Rinascimento découpent le quartier composé principalement d'un lacis de ruelles sombres.

Itinéraire I :
Largo del Pallaro : son nom vient d'un jeu antique, voisin du lotto.
Via di Grotto Pinta : allusion à une grotte peinte sous le théâtre de Pompée. Une peinture de la Vierge a longtemps été adorée dans cette rue. La rue est en courbe car elle épouse la forme de la scène du théâtre.
Eglise S. Maria in Grotto Pinta : fondée sur les ruines du théâtre, au XIIè siècle. Rénovée au cinquecento par la famille Orsini. Façade renaissance (deux niveaux, ordre ionique, tympan, et un campanile).
On longe l'arrière du Palais Orsini.
Au bout : Piazza dei Satiri, nommée en souvenir de la statue de Pan qui ornait le théâtre (elle est au Musée du Capitole).
Via dei Chiavari, ou rues des serruriers.  Au n°6, palais construit par Perruzi.
Via Giubbonari : rue des "fabricants de blousons", et de manteaux de peaux. Repriseurs, tisserands, marchands de soie s'y regroupent;
Piazza dei Librai : à la place de bâtiments détruits par un incendie, en 1634. L'université des libraires, fondée en 1600, l'acquiert en 1638.
Au n°89 (à l'angle de la place), palais Ghetti du Seicento (trois ordres en façade).
S. Barbara dei Librai : construite en 1306 à l'emplacement d'une église du XIè siècle, et concédée en 1601, par le pape Clément VIII, aux libraires et aux imprimeurs qui élisent Thomas d'Aquin comme protecteur. En 1680, un confrère, l'imprimeur florentin Zanoni Massotti, la fait reconstruire (modèle actuel) par Giuseppe Passeri. Elle est abandonnée en 1870 quand la confraternité est dissoute. La façade a été rénovée récemment (deux ordres, chapiteaux composés, tympan curviligne, oculus circulaire).
Piazza del Biscione : d'après la couleuvre (biscia) des Orsini.
Le palais des Orsini : élevé sur l'emplacement du théâtre de Pompée (en partie encore visible dans les souterrains), par la famille Orsini. Le palais actuel a été construit en 1450 par le cardinal Francesco Condulmer, neveu du pape Eugène IV. Il accueille la comtesse Catherine Sforza, en 1477. La façade actuelle est du XVIIè siècle (Pio di Savoia da Carpi). Le Pio se dote d'une collection de Bellini, Véronèse, Titien, Vélasquez, Carravage et Reni. Les 8 fenêtres du premier étage sont surmontées de frontons curvilignes et ornées de lions et de pommes de pin.
Au n°89, via del Biscione, ancienne écurie du Palais.
Au 76, via del Biscione, auberge del Sole, réputée comme la plus ancienne de Rome. Refaite de manière drastique en 1869.
Piazza Pollarola : ancien marché aux volailles.
Piazza del Paradiso : typiques pour ses auberges et ses tavernes, celle del Biscione et celle dell'Inferno.
Auberge della Lunetta : l'édifice actuel est du XVIIIè siècle. Il occupe la place d'une ancienne auberge della Luna, qui est réputée pour avoir abrité la première  cheminée de la ville. Une madone du XVIè siècle y était vénérée, notamment à la nativité.
Via del Paradiso : on y exposait les femmes de petite vertu et les rois des petites infractions condamnés.
Sur le côté gauche : palais Manfroni Lovatti (bordé par vicolo dei Bovari et le corso Vittorio Emanuele). Réalisé par Pietro Rosselli (architecte du petit palais de Prosper Mochi, via dei Coronari) à la fin du 14è siècle. Il appartient, depuis le siècle dernier, à la Banca Romana. En 1881, à cause du percement de du Corso Vottorio, la façade est reconstruite, à l'identique, 16 m en retrait.
Angle corso et via dei Baullari : Palais La Roy, considéré comme un des édifices Renaissance les plus harmonieux. Il est aussi appelé Petit Farnèse, parce que les lis qui le décorent étaient confondus par les romains avec les fleurs de lys françaises. Construit pour l'abbé français Thomas Le Roy, par l'architecte Antoine de Sangello le jeune, en 1523. Il subit la furie des lansquenets (saccage de Rome en   NN). Depuis 1885, il appartient à la ville de Rome. Sa façade côté corso a été refaite au XIXè siècle par Enrico Guy (double loggia à serliana). Sur la via dei Baullari, l'architecte a rajouté un escalier, pour rattraper le niveau de la rue. C'est par là qu'on entre dans le Musée Barracco, musée d'antiquités assyriennes, égyptiennes et grecques. Belle cour intérieure et portique.
Vicolo dell'Aquila : nom dérivé d'une antique taverne. Façade de la Piccola Farnesina. Cinq arcades encadrent la porte centrale et, de part et d'autre, deux niveaux de fenêtres. Puis, deux étages, le premier, alternance de tympans triangulaires et curvilignes, le second avec de simples architraves. C'est là que Jean de Chenevières a placé des hermines bretonnes et les lis.
On rejoint via dei Baullari, construite en 1527 par le cardinal Alessandro Farnese pour faciliter l'accès à son palais. La rue tire son nom des boutiques de valises, de parapluies et de bauli. Quand le corso fut percé, la rue dut être encaissée d'un mètre, et une des boutiques dut se construire une échelle à l'entrée !
Sur la droite : oratoire de l'archiconfrérie du Saint Sacrement et des Cinq Plaies, créée en 1501 pour diffuser le culte de l'Eucharistie. Elle s'installa près de l'église de S. Lorenzo in Damaso, avant d'obtenir son siège définitif. Reconstruite en 1863, l'entrée originellement sur vicolo dell'Aquila est inversée (et donne sur v. dei Baullari).
En face : place du Théâtre de Pompée. Au n° 43, palais de Ceccolo Pichi descendant d'un riche marchant. Date de 1460, mais a été successivement remodellé. Trois étages, avec, au premier, les blasons de la famille (couronne, rose et deux pics).

Second itinéraire : de Campo de' Fiori à Piazza delle Cancelleria.
Le Campo de' Fiori était d'abord un simple champ de fleurs, qui descendait vers le Tibre. Les premières constructions apparurent du côté opposé au fleuve. A la fin du XVè siècle, la place prend du prestige grâce à l'ouverture de la rue Florida (act. Pellegrino) et au transfert du marché de campidoglio à la place Navona. Des auberges fameuses s'implantent : l'Arco di Campo di Fiori, le Capo d'Oro ("la Tête d'or"), l'Auberge de la Vache, la Fontaine. Dans les siècles suivants, la place est le lieu de fêtes joyeuses, comme les courses de chevaux (palii), mais aussi de cérémonies plus tristes de supplices (supplice de la corde, bûcher). Au centre, la statue de Giordano Bruno, élevée en 1887, rappelle le supplice par le feu du philosophe jugé hérétique, le 17 février 1600. A son emplacement se trouvait une fontaine, ornée de dauphins, qui a été déplacée par Grégoire XIII à la place de la Chiesa Nova. On faisait des satires, on annonçait les bulles ou les édits comme celui de 1739 qui interdit le tapage nocturne. Deux familles, les Orsini et les Anguillara, se disputaient la suprématie de la place. Les Orsini avaient une tour incluse dans leur Palais, qui donnait sur la Place (tour de l'Arpacata, ou tour de l'Horloge). Les autres édifices qui bordent la place sont modestes.
Via dei Cappellari : appelée via dei Tebaldeschi, au moyen-âge, du nom d'une famille qui y possédait des maisons. Son  nom vient des fabricants de chapeaux. C'était encore au siècle dernier une des rues les plus sales et infestées du quartier. Au n° 130, petit palais du XVè siècle. Les insignes (clés, tiare au-dessus du chiffre XIII) rappellent qu'il appartint au Vatican.
Sous le viaduc, s'ouvre l'arc de Sainte Marguerite, qui relie la rue parallèle des Pèlerins.
Là se trouvait le monastère de bizzoche, fondé par Paolo Calvi et connu comme le plus beau béguinage de Rome. A côté, est fixé dans le mur une épitaphe qui interdit de jeter les immondices sur le trottoir. Il était prévu, pour les contrevenants, des amendes et des peines corporelles.
A côté : vicolo del Bollo, nommé car cette ruelle abritait l'office du timbre (bollo), pour les objets en or et en argent, qui a été transféré via dei Coronari, au milieu du XVIIIè siècle.
Via del Pellegrino, rue du pèlerin. Anciennement via Florida ou via Florea, ouverte par le pape Sixte IV en 1483 et élargie 14 années plus tard (1497) par le pape Alexandre VI Borgia. Elle s'est appelée via dei Merciai en raison des boutiques de cordonniers et de fabricants de bérets et, à la fin du XVIIè siècle, via degli Orefici, en raison des orfèvres. L'actuel toponyme vient de l'Auberge du Pèlerin qui s'y implanta. La tradition artisanale perdure de nos jours avec les orfèvres te les menuisiers.
A l'angle de Campo dei Fiori et via del pellegrino, palais où habita le roide Hongrie, Mattias I Corvino (1440-90), allié du pape dans la guerre contre les Turcs. Il y avait, en façade, un portrait du roi à cheval, peint par Mantegna (reproduction dans un codice de la bibliothèque Vaticane).
Angle via dei Banchi Vecchi  (rues des anciennes banques) et vicolo dei Cartari : deux intéressantes constructions du  17 è siècle. Aux n° 143 (guirlandes de coquillages, mascarons) et 144.
Vicolo dei Cartari, qui doit son nom aux vendeurs de cartes
Non loin, au n° 244 du corso, Palazzo Cerri, réalisé vers le milieu du XVIIè siècle, sur un projet de Francesco Paparelli. Appartint à la famille Caucci, puis à la famille Balleani. Sa façade sur le corso a été reconstruite en retrait au moment du percement de cette voie. Balcon au-dessus de la porte principale. Le portail d'origine s'ouvre encore sur la via Larga (ainsi nommée car, à sa construction, c'était la plus large). Lui aussi est surmonté d'un balcon à balustres. Sur les corniches du couronnement, on trouve des feuilles, des abeilles, une étoile et un arbre stradicato, symbole héraldique des Cerri. Après 1870, le palais devient le siège du Conseil d'Etat. Actuellement, il appartient à l'Université de Rome.
Vicolo Savelli : au n° 32, restes d'un antique portique, avec deux colonnes.
Aux n° 64-65 et 66-67 de via del Pelligrino, deux palais décorés de fresques, le premier était l'ancien siège de la "Locanda dei tre re", le second a des fresques monochromes attribuées à Daniele da Volterra (scènes de la ville de Rome et de guerres).
Au n° 48, palais où naquit César Borgia. Décorations d'étoiles, lys, et lion et rameau de poirier, symbole du pape Sixte V.
A l'angle de l'arc de Sainte Marguerite (de l'antique église du XVè siècle, beau tabernacle réalisé par Francesco Moderati, en 1716. Aigle bicéphale qui encadre l'image de saint Philippe Neri, en attitude de prière, mains jointes, et le regard levé vers le ciel.
L'arc degli Acetrai (des vendeurs de vinaigre)conduit, au bout d'une ruelle, à une placette délicieuse, digne d'un village.  On entend plus le cliquetis des outils des artisans que la rumeur des automobiles.
Place de la Chancellerie : originellement, place de San Lorenzo in Damaso. Un côté est bordé par le Palais de la Chancellerie. Sur la rue du Pèlerin, il a 11 arcades à boutiques.

Pierre-Yves Landouer